23 avril 2017

Une éducation, la nature


La vie dans le désert a complètement façonné le Prophète Muhammad (PSL), et en particulier, son regard sur les hommes, les éléments et la Création. Il était connu et reconnu que les bédouins qui y vivaient maitrisaient l’art de la rhétorique. Les joutes verbales étaient courantes et participaient de la vie locale.
 
Le désert est le lieu des Prophètes parce qu’il offre un horizon d’infini. Pour les nomades en déplacement continuel, l’infinitude de l’espace se marie à la liberté, à l’expérience de l’éphémère, de la vulnérabilité et de l’humilité. Le nomade apprend à se faire étranger, à changer de lieu au cœur de l’infini linéaire de l’espace et déterminer ainsi la finitude du temps. 

C’est cette image qui pousse ainsi le Prophète à décrire l’expérience de la vie au jeune croyant ‘Abdallah ibn ‘Umar en des termes qui rappellent cette dimension :
« Sois sur la terre comme un étranger ou un passant. » 
                                                                          Hadîth rapporté par Bukhari
 
Les premières années que le Prophète passera dans le désert vont nourrir une relation tout à fait particulière avec la Nature, qui demeurera une constante tout au long de sa mission. Le respect de l’environnement et de l’espace était pour lui un acte d’adoration.

L’univers, disait-il, est empli de signes qui rappellent la présence du Créateur, et le désert, plus que tout autre, ouvre l’esprit humain à l’observation, à la méditation et à l’initiation au sens. 

De nombreux versets confirment et renvoient à la Création. Le désert où la vie, la végétation et la verdure sont absentes, montre et prouve régulièrement à la conscience de l’homme la véracité du miracle du retour à la vie :
« Tu vois, parmi Ses signes, la terre comme prostrée (par l’effet de la sécheresse) s’animer et s’épanouir dès que nous descendons sur elle quelques ondées du ciel. Celui qui lui rend la vie et aussi Celui qui fait revivre les morts, car Sa puissance n’a pas de limite. » 
                                                                          Coran, 41:39

Bien des années plus tard, le Prophète Muhammad (PSL) était alors à Médine, lorsqu'elle était en butte aux conflits et aux guerres. La Révélation (au cœur de la nuit) tourne son regard vers un autre horizon de sens :
« Il y a certes dans la création des cieux et de la terre, et dans la succession de la nuit et du jour, des signes pour ceux qui sont doués d’intelligence. » 
                                                                          Coran 3:190

Il est rapporté que le Prophète pleura une nuit entière lorsque ce verset lui fut révélé. A l’aube lorsque Bilal, venant faire l’appel à la prière, le questionna sur la cause de ses larmes, il lui expliqua le sens de sa tristesse et ajouta :
« Malheur à qui entend ce verset et ne le médite pas ! »
Les premières années du Prophète Muhammad (PSL) ont façonné et préparé la Révélation. On peut en tirer un enseignement spirituel de première importance pour notre éducation à travers les âges :
 1. La proximité de la nature et le respect de ce qu’elle est ;

2. L’observation et la méditation sur ce qu’elle nous montre, nous offre et nous reprend sont autant d’exigences d’une foi, qui dans une quête, cherche à se nourrir, à s’approfondir et à se renouveler ;

3. La nature est le guide et l’amie de la foi. Comme une école, Dieu a décidé d’exposer Son prophète (PSL) dès son plus jeune âge aux leçons naturelles de la Création.



Très loin du rigourisme et du formalisme de certaines pratiques sans âme et faisant l’apologie de la violence, cette éducation, dans la proximité de la nature, développe une relation au divin qui s’appuie sur la contemplation et la profondeur d’un enseignement spirituel et d’en comprendre le rituel, le sens, la forme et les finalités.

Eloignés de la nature, dans nos villes et nos cités, nous semblons en contre-courant de ce message au point d’en inverser l’ordre des exigences au point de penser que le rejet de l’autre, la violence gratuite, la seule technicité des pratiques religieuses suffisent à faire de nous des héritiers du prophète (PSL). Voilà un mépris et un oubli aux conséquences graves puisqu’elle finit par vider l’enseignement religieux de sa substance spirituelle qui devrait être à l’image de l’éducation du Prophète (PSL),  le cœur et le firmament.

22 April, 2017
Yathrib786
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