21 janvier 2018

Le mariage d'Aïcha



La construction de la mosquée était presque achevée lorsque le Prophète Muhammad (PSL) ordonna que l’on construisît deux petites habitations accolées au mur oriental, dont l’une était destinée à son épouse Sawdad et la seconde à Aïcha. Le Prophète (PSL) et ses filles habitèrent avec Sawdad. Un mois après, il décida de célébrer son mariage avec Aïcha dont la beauté était remarquable. Elle n’avait que neuf ans. Celle-ci était la fille choyée d’Abû Bakr. Ce mariage était aussi pour témoigner et se lier encore plus avec son plus fidèle compagnon.

Dès sa plus jeune enfance, racontent les annalistes (Ibn Hichâm, Ibn Sa’ad et Boukharî), elle savait, par ses parents, que le Prophète Muhammad (PSL) était l’Envoyé de Dieu, qu’il recevait régulièrement la visite de l’ange Gabriel. Seul parmi les vivants, il était au ciel et était ensuite redescendu sur terre. Cette expérience faisait qu’il rayonnait de joie et que sa main, malgré la chaleur, était toujours 

« plus fraîche que la neige et plus parfumée que le musc. » Bukharî

A plus de cinquante-trois ans, le Prophète (PSL) était sans âge, nous dit-on et c’était comme s’il était immortel.

« Son corps était svelte, ses yeux très lumineux, ses cheveux noirs et sa barbe de même couleur avaient conservé l’éclat de sa jeunesse. »

Les dispositions nécessaires étaient prises pour le mariage au point qu’Aïcha ne se rendit pas compte de l’évènement. Elle raconta plus tard :

«J’étais en train de jouer à la balançoire et ma longue chevelure était défaite. On vint me chercher et on m’emmena pour me préparer à la célébration.»

Il n’y eut pas comme pour les autres mariages prophétiques de cérémonie particulière. On apporta un bol de lait. Après en avoir bu, le Prophète Muhammad (PSL) l’offrit à Aïcha. Elle déclina l’offre timidement, comme il insistait, elle but et passa ensuite le bol à sa sœur Asma. Les autres membres de l’assistance burent à leur tour. Après quoi, tous se retirèrent.

Aïcha, après son mariage, continua même à jouer avec les poupées.

« Un jour, le Prophète entra pendant que j’arrangeais mes poupées et il me demanda :
« O Aîcha, à quoi joues-tu ? »
«Ce sont les chevaux de Salomon», répondis-je !
Sur quoi, le Prophète (PSL) se mit à rire » (Ibn Hichâm et Ibn Sa’ad)

Yathrib 786
Le 21 janvier 2018

14 janvier 2018

Le Prophète qui n’est ni juif ni chrétien



« Si tu es dans le doute au sujet de notre Révélation,
Interroge ceux qui ont lu le livre avant toi. » (Sourate 10 Yûnus,  verset 94)


Tels étaient les conseils de l’Ange Gabriel.


« C’est à eux que Nous avons apporté le Livre, la sagesse et la prophétie. Si ces autres-là n’y croient pas, du moins Nous avons confié ces choses à des gens qui ne les nient pas.
Voilà ceux qu’Allah a guidés: suis donc leur direction.
Dis: «Je ne vous demande pas pour cela de salaire». Ce n’est qu’un rappel à l’intention de tout l’univers. (Sourate 6 les Bestiaux, verset 89-91)



« [Moïse] dit:
 «Seigneur,ouvre-moi ma poitrine,
et facilite ma mission,
et dénoue un nœud en ma langue,
afin qu’ils comprennent mes paroles,
 et assigne-moi un assistant de ma famille:
Aaron, mon frère » Sourate ar-Rahman 20, verset 25-30
)


« Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous? »(Sourate 55 Ta-HA verset 16)



« Nous avons effectivement envoyé Noé et Abraham et accordé à leur descendance la prophétie et le Livre. Certains d'entre eux furent bien-guidés, tandis que beaucoup d'entre eux furent pervers. » (Sourate 57 al-Hadid le fer, verset 26)


Ces versets structurent et cadrent la mission prophétique. Aussi, ils témoignent du dépôt divin, du livre entre les descendants et les successeurs d’Abraham, Moïse et Jésus notamment :


« A  Abraham nous avons donné Isaac et Jacob,
Puis nous avons établi dans sa descendance la prophétie et le Livre,
Nous lui avons accordé sa récompense en ce monde
Et, dans la vie future, il sera parmi les justes. » (Sourate XXIX, verset 27)

« Dis :
Qui donc a révélé le Livre avec lequel Moïse est venue ?
-        C’est une lumière et une direction pour les hommes-
Vous l’écrivez sur des parchemins pour le montrer,
Alors que maintenant vous savez ce que vous-mêmes et vos ancêtres ignoraient. » Sourate VI, verset 91)


Le Prophète Muhammad (PSL) n’était plus dépendant d’Isaac et de Jacob. Il a découvert que par Ismaël, il se rattachait lui aussi, directement en tant qu’Arabe, à la Postérité d’Abraham. Il sait personnellement que la Révélation qu’il a reçue est garantie par son lien personnel avec son Dieu. Dieu n’a-t-il donc pas décidé que soit élue la branche aînée issue d’Abraham, celle d’Ismaël, comme l’avait été auparavant la branche cadette, celle d’Isaac ?


« Ceci est un livre que nous avons révélé : Un Livre béni, confirmant ce qui était avant lui,
Afin que tu avertisses la Mère des Cités et ceux qui se tiennent dans les environs.
Ceux qui croient à la vie future croient aussi au Livre et ils sont assidus à la prière. » Sourate VI, verset 92


A Médine, le Prophète Muhammad (PSL) reçoit le titre de Prophète alors que jusque-là il était un « Avertisseur », un « Annonciateur », Un « Envoyé » auprès d’une nation qui n’avait pas reçu de message          :


« Les vrais croyants sont ceux qui croient en Allah et en Son messager, et qui, lorsqu’ils sont en sa compagnie pour une affaire d’intérêt général, ne s’en vont pas avant de lui avoir demandé la permission. Ceux qui te demandent cette permission sont ceux qui croient en Allah et en Son messager. Si donc ils te demandent la permission pour une affaire personnelle, donne-la à qui tu veux d’entre eux; et implore le pardon d’Allah pour eux, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux.

 Ne considérez pas l’appel du messager comme un appel que vous vous adresseriez les uns aux autres. Allah connaît certes ceux des vôtres qui s’en vont secrètement en s’entrecachant. Que ceux, donc, qui s’opposent à son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne, ou que ne les atteigne un châtiment douloureux. » (Sourate An-Nur, laLumière, verset 62-63)

« Ô vous qui croyez! N'entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu'invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu'on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer. Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu'Allah ne se gêne pas de la vérité. Et si vous leur demandez (à ses femmes) quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau: c'est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs; vous ne devez pas faire de la peine au Messager d'Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui; ce serait, auprès d'Allah, un énorme pêché. » (Sourate Al-ahzab, les Coalisés, verset 53)

« Allah a été véridique en la vision par laquelle Il annonça à Son messager en toute vérité: vous entrerez dans la Mosquée Sacrée si Allah veut, en toute sécurité, ayant rasé vos têtes ou coupé vos cheveux, sans aucune crainte. Il savait donc ce que vous ne saviez pas. Il a placé en deçà de cela (la trêve de Houdaybiya) une victoire proche. » Sourate 47 Al Fath, la Victoire Eclatante, verset 27)

«Ô vous qui avez cru! Ne devancez pas Allah et Son messager. Et craignez Allah. Allah est Audient et Omniscient.
Ô vous qui avez cru! N’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète, et ne haussez pas le ton en lui parlant, comme vous le haussez les uns avec les autres, sinon vos œuvres deviendraient vaines sans que vous vous en rendiez compte. » (Sourate 49, al-Hujuât, les Appartements, verset 1-2)

« Appréhendez-vous de faire précéder d’aumônes votre entretien? Mais, si vous ne l’avez pas fait et qu’Allah a accueilli votre repentir, alors accomplissez la alāt, acquittez la Zakāt, et obéissez à Allah et à Son Prophète. Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (Sourate 58, al-Mujadalat, la Discussion, verset 13)


Le Coran lui attribue un statut éminent, inégalable :


« Obéissez à Dieu et à son Prophète… » Sourate 58, verset 13)

« Prophète, il l’est, mais son charisme est d’un genre particulier. Il se dit en effet « prophète ethnique », originaire des « Nations » qui n’ont pas reçu d’Ecriture. Le terme qui le désigne lui a été vraisemblablement appliqué par les juifs sous forme de sobriquet et de manière dérisoire : ummî, faisant partie des « ummat-ha’olam », ces « peuples de la gentilité » exclus comme Ismaël des privilèges de la Révélation. Mahomet assume ce titre qui implique […] la reconnaissance de son charisme. Il y voit le signe de la miséricorde divine envers les Arabes., premiers exclus des Nations ; Dieu a donc enfin suscité parmi eux, hors du cercle étroit des scripturaires, un prophète qui n’est juif ni chrétien, et qui est pourtant authentiquement abrahamique. »
« Ainsi la situation ancienne se trouve renversée : au lieu de solliciter auprès des gens du Livre une confirmation de ses propres oracles, il entend juger par le Coran les écritures judéo-chrétiennes. En fait, il déclare celles-ci corrompues et falsifiées, chaque fois qu’elles ne concordent pas avec le Coran. Il déclare les scripturaires déchus de leurs privilèges de détenteurs  d’une Ecriture sainte et authentique, condamne la Bible et l’Evangile à être des documents altérés par leurs adeptes, rejette avec véhémence les dogmes fondamentaux du christianisme, qu’il assimile aux croyances aberrantes du polythéisme mecquois. En somme, tout se passe comme si la Tradition (sunna) antique, à laquelle il s’est attaché dès les premières phases de sa prédication, avait subi deux types d’altération : celle de l’ « associationnisme » païen (Shirk) et celle de la « corruption » (tharîf) judéo-chrétienne, celle-ci ressemblant à celle-là. » Michel Hayeck dans son livre Les Arabes et le Baptème


Le Coran confirme :


«Les juifs ont dit : « Uzaïr est fils de Dieu ! »
Les chrétiens ont dit : « Le Messie est fils de Dieu ! »
Telle est la parole qui sort de leurs bouches ; ils répètent ce que les incrédules disaient avant eux, que Dieu les anéantisse ! Ils sont tellement stipudes. » (Sourate IX at-Tawba, Le Répentir, verset 30)


Yathrib 786
Le 14 janvier 2018

07 janvier 2018

"‘ahd de Médine" ou la "constitution de Médine"



Les premières paroles du Prophète (PSL), dès son arrivée à Qubâ’, informaient les musulmans de leurs responsabilités fondamentales.

« Répandez la paix (salâm), donnez à manger à ceux qui ont faim, honorez les liens de parenté, priez alors que les gens dorment, vous entrerez au paradis en toute paix. » Ibn Hishâm, op. cit. vol. 3, P.20

Cette double référence à la paix, au début puis à la fin de son message, détermine l’état d’esprit avec lequel le Prophète Muhammad (PSL) voulait que les compagnons comprennent cette nouvelle ère qui s’ouvre à Médine

Le souci des pauvres et des liens de parenté apparaît comme un appel des fondements éthiques  que chaque musulman doit s’engager à respecter en permanence. La prière de la nuit «quand les gens dorment» est forte de cette double dimension. Elle permet l’exil spirituel et offre au cœur la force et l’apaisement dans la foi. Cette quête spirituelle est la clé de voûte pour répandre la paix parmi les hommes et de servir les pauvres.

Ces enseignements accompagnaient l’installation du Prophète (PSL) à Médine. Il n’avait de cesse de les répéter. Il arrivait à Médine avec un pouvoir spirituel et politique qu’aucun chef de tribu ne pouvait ignorer. De nombreux habitants de Yathrib s’étaient convertis à l’Islam. Ils le reconnaissaient comme l’Envoyé de Dieu (PSL), alors qu’ils étaient issus des deux clans (des Aws et Khazrajs en guerre perpétuelle depuis des lustres). Le message de l’Islam avait cette force, comme ce fut la cas à la Mecque, celle de transformer les anciens clivages et d’unir les femmes et les hommes de différents clans, de différentes conditions et de différentes origines.

Cette nouvelle présence inquiétait ceux qui détenaient le pouvoir. De même que les tribus juives et chrétiennes installées dans la région depuis longtemps demeuraient dans l’expectative. Ils étaient partageaient entre la reconnaissance de la similarité des messages monothéistes et leurs questionnements quant aux intentions du nouveau Prophète (qu’elles ne reconnaissent pas en tant que tel). Les dignitaires s’étaient déjà exprimés en ce sens avant l’arrivée du Prophète (PSL).

Le Prophète Muhammad (PSL) était bien conscient de la complexité de la situation et de l’ampleur des enjeux religieux, sociaux et politiques.
Il établit immédiatement un pacte d’assistance mutuelle, qu’ils soient Ansâr ou Muhâjirûn, et les juifs qui habitaient dans l’oasis. Cet évènement intervient en l’an 1 de l’Hégire.

Le but était de créer entre tous les habitants, un sentiment de fraternité et de solidarité. Le Prophète Muhammad (PSL) va établir et proclamer un texte déterminant connu sous le non de sahifa ou «‘ahd de Médine» qui constitue déjà l’ébauche d’une véritable constitution.


« Au nom de Dieu, celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux
Ceci est un écrit de la part de Muhammad le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – entre les croyants et les musulmans de Koreïch et de Yathrib, ainsi qu’avec ceux qui les ont suivis, puis se sont joints à eux et ont combattu avec eux. Ils formeront une umma unique, en dehors du reste des hommes.
Les Mouhadjiroûn de Koreich resteront en l’état, et se cotiseront entre eux et paieront la rançon de leurs prisonniers, conformément à la coutume et à la justice parmi les croyants.
Les croyants craignant Dieu s’uniront contre celui d’entre eux qui aura commis une violence ou tenté de commettre une injustice, un crime, une agression, ou de semer le trouble parmi les croyants ; et leurs mains se lèveront contre lui, fût-il même le fils de l’un d’eux. Nul croyant ne tuera un autre croyant, à cause d’un mécréant ni ne soutiendra un mécréant contre un croyant.
La dhimma d’Allah [à savoir la « protection accordée à l’infidèle au nom de Dieu] est indivisible ; la dhimma octroyée par le plus humble d’entre [les croyants] sera obligatoire [à l’égard des autres croyants].
Les croyants sont solidaires les uns des autres, en dehors des autres hommes.
La paix parmi les croyants est indivisible ; nul croyant ne conclura de paix, au cours d’un combat mené pour la cause d’Allah, sans le concours des autres croyants, sur la base de l’égalité et de la justice entre eux.
Et quelle que soit la cause d’un différend [qui se produirait entre eux], la solution n’en pourra venir que d’Allah et de Muhammad. » Ibn Hishâm


Apparaissent clairement formulée dans ce texte (qui remonte au VIIe s après J.C.) des conceptions promises à un grand destin ; celles notamment de justice et d’égalité. Y apparaissent aussi des conceptions propres à l’Islam et qui, elles aussi, font partie de sa philosophie politique autant que de son humanisme. La très importante notion de dhimma, impliquant un engagement de conscience, jouera un rôle décisif dans le traitement réservé par la suite aux Gens du Livre. Autre notion importante contenue dans ce terme est le droit de tout combattant musulman d’accorder à tout soldant ennemi une garantie de sécurité opposable à tous les autres musulmans.

Parmi les bénéficiaires des droits édictés par la «Constitution de Médine» figurent les juifs qui, pourtant, n’ont pas embrassé l’Islam ni n’ont manifesté l’intention de le faire :


« Celui qui, parmi les juifs, se ralliera à nous, recevra notre aide et nos mains sans qu’il soit opprimé ni que quiconque [s’il est opprimé] puisse prendre le parti de l’oppresseur. »


Les juifs sont inclus dans la Umma :


« Les juifs formeront avec les croyants une umma ; aux juifs leur religion et aux musulmans la leur […] hormis celui qui aura opprimé, ou commis un crime, auquel cas ne mériteront d’être punis que lui-même et les gens de sa maison. »


La «constitution de Médine» proposait clairement une alliance pure et simple entre les trois groupes que constituaient les Ansâr, les Mujadjirûn et les juifs. Une alliance bâtie sur le modèle des conventions guerrières que les tribus arabes concluaient entre elles.

Le Prophète Muhammad (PSL) a-t-il formé le rêve d’une Cité idéale qui serait gouvernée par l’Esprit, et d’une nation commune où les religions issues d’Abraham auraient pu dialoguer en elles sous l’égide de l’Islam ? 

Les juifs et les musulmans signèrent ce document qui établissait d’emblée une relation fondée sur la base d’un « contrat » : cette attitude déterminée à la lumière de la Révélation, accompagnera la vie et les enseignements du Prophète Muhammad (PSL).

Le «contrat» fixe un cadre, impose l’autonomie et la reconnaissance des parties en présence, et permet enfin de déterminer a postériori des outils de régulation et des moyens d’évaluation. La Révélation fera référence aux contrats de mariage, commerciaux et sociaux. Elle rappellera leur importance et la nécessaire fidélité à leurs conditions :


« Certes vous serez questionnés sur les contrats… » Sourate 17 verset 34
« Les musulmans sont tenus par les termes des contrats qu’ils ont signés. » hadith rapporté par al-Bukârî


Yathrib 786
Le 07 janvier 2018