15 avril 2018

Banû Qaynuqa'


Pour les musulmans, les mois qui suivirent le retour de Badr furent très simples à gérer. Le statut de la communauté de Médine avait changé. De nombreuses cités alentour, de même que ceux qui n’avaient point conclu de pactes avaient peur de l’ascendant politique, militaire autant que symbolique qu’était en train de prendre le Prophète Muhammad (PSL) au cœur de la péninsule arabique.
Quelques jours après son retour, le Prophète Muhammad (PSL) dut se rendre à la tête de deux cents hommes dans les villages de Banû Salîm et Banû Khatafân dans la région d’al-Qudr afin de mettre un terme à un complot. Les habitants prirent la fuite.

Le Prophète (PSL) ne cessait d’être renseigné sur les initiatives et les tentatives d’alliance menées par les chefs qurayshites en vue d’accomplir leur désir de vengeance. Un rêve inspiré lui avait permis de débloquer une tentative d’assassinat de ‘Umayr ibn Wahb qui, fut surpris par ce dont le Prophète Muhammad (PSL) avait eu connaissance avait fini par se convertir sur-le-champ.

Le Prophète Muhammad (PSL) savait toutefois que les Qurayshites ne tarderaient point à agir à grande échelle en essayant de mobiliser le plus de tribus possible pour mener à bien leur projet.

Depuis son retour, il n’avait pu que constater qu’un certain nombre d’habitants de Médine étaient déçus et inquiets de la victoire des musulmans. Il avait identifié certains hypocrites qui s’étaient convertis à l’Islam par purs calculs et intérêts politiques. Il savait que certains des signataires du pacte d’alliance, signé lors de son arrivée à Médine, n’étaient pas fiables et n’hésiteraient pas à se retourner contre lui à la première occasion.

Le Prophète Muhammad (PSL) venait de recevoir une Révélation qui l’invitait à la vigilance :

« Si tu crains d’être trahi par un peuple, dénonce en toute franchise les termes du pacte. En vérité, Dieu n’aime point les traites. » Sourate 8, verset 58)

Pour l’heure,  le Prophète Muhammad (PSL) se contentaient de surveiller les activités des uns et des autres en s’en tenant aux engagements apparents des hypocrites et au respect strict des termes du pacte. Puisque la Révélation lui conseillait la prudence et la sagesse :

« S’ils penchent vers la paix, enche vers elle de la même façon et place ta confiance en Dieu. » Sourate 8 verset 61)

La tribu des Banû Qaynuqa’ était la seule parmi les trois tribus juives vivant aux alentours de Médine, à être installée à l’intérieur de la cité. Ils étaient d’ailleurs les signataires directs du pacte. Et c’est pourtant de l’intérieur de leurs rangs que les informations les plus alarmantes en termes de complot et de trahison  parvenaient au Prophète Muhammad (PSL). Pour en avoir le cœur net et ne point donner l’impression aux gens de Banû Qaynuqa’ que la voie était libre, le Prophète Muhammad (PSL) leur rendit visite et les appela à méditer sur la déroute des Quraysh. Les dignitaires des Banû Qaynuqa’ le prirent de haut en rétorquant que s’ils lui faisaient la guerre, les choses ne se passeraient point ainsi, et qu’assurément ils l’emporteraient. Cette réponse, sous la forme de menace, était en fait une Révélation et une confirmation : ils étaient bien dans une disposition d’hostilité à l’égard des musulmans.

Quelques jours plus tard, une femme musulmane se rendit comme à l’accoutumée au marché des Banû Qaynuqa’, elle fut moquée puis humiliée par un marchand qui attacha son vêtement dans son dos alors qu’elle était assise, de sorte que le bras de son corps se découvrit lorsqu’elle se releva. Un musulman, observait la scène, voulut intervenir, une bagarre s’ensuivit et le marchant aussi bien que le musulman succombèrent à leur blessure. Une telle affaire (qui était liée à la gestion des conflits et au prix du sang, aurait dû, selon les termes du pacte, être renvoyée au Prophète Muhammad (PSL) et ainsi trouver un règlement pacifique selon la justice et les codes de l’honneur. Or les Banû Qaynuqa’ trahirent les termes du pacte et cherchèrent à s’allier à Ibn Ubayy, l’hypocrite avec qui ils traitaient depuis quelque temps déjà, et dont ils espéraient qu’ils les aideraient à mobiliser leurs alliés de la région.

La réaction du Prophète Muhammad (PSL) fut prompte et ne permit pas aux traitres et aux hypocrites de tirer profit de la situation. Il mobilisa une armée et fit immédiatement le siège de la forteresse dans laquelle les Banû Qaynuqa’ s’étaient précipités pour se protéger. Ces derniers espéraient qu’un soutien viendrait de l’intérieur des rangs  musulmans par l’intermédiaire des hypocrites, qui leur avaient pourtant assuré qu’ils soutiendraient  l’élimination de la communauté musulmane. Aucun soutien ne se manifesta et, après deux semaines de siège, les Banû Qaynuqa’ se rendirent.

Le Prophète Muhammad (PSL) se souvint du verset révélé lui indiquant :

 « qu’ils n’appartient point à un Prophète de faire des prisonniers en étant motivé par l’appât du gain. » Sourate 8 verset 67

Il avait le choix d’éliminer les hommes de la tribu qui avait trahi le pacte et de bannir leurs femmes et leurs enfants, comme c’était la pratique courante en situation de guerre. Cela lui aurait permis d’envoyer un message fort à toutes les tribus alentour quant au sort qui attendait tous ceux qui trahiraient ou s’attaqueraient à la communauté musulmane. Il avait d’ailleurs reçu une Révélation allant dans ce sens.

« Si tu l’emportes sur eux dans un combat, fais-en un exemple afin de jeter l’effroi chez ceux qui se tiennent derrière eux (qui pourraient être tentés de suivre leur exemple) afin qu’ils prennent garde. » (Sourate 8 verset 57)

Le Prophète Muhammad (PSL) reçut néanmoins Ibn Ubayy dont il connaissait l’hypocrisie et les manœuvres secrètes, et qui venait intercéder en faveur des Banû Qaynuqa’. Il décida cette fois encore de laisser la vie sauve à ces derniers, exigeant toutefois qu’ils soient dépossédés de leurs biens et qu’ils s’exilent loin de la ville. Ils se réfugièrent dans certaines des tribus et des colonies de la région. Mais ils ne renoncèrent pour autant à comploter contre le Prophète Muhammad (PSL).

 Le nombre des ennemis du Prophète Muhammad (PSL) ne cessait d’augmenter. De même que s’intensifiaient la revanche. Le Prophète Muhammad (PSL) le savait et ne cessait d’appeler ses compagnons à la sagesse, à la patience autant qu’à la vigilance.


Yathrib786
Le 15 octobre 2018

08 avril 2018

Les conséquences de Badr


Le retour des Qurayshites à la Mecque fut douloureux, et la plupart des clans étaient touchés par la mort d’un des leurs. La situation était désastreuse. Toutes les bouches criaient vengeance à l’instar de Hind qui avait perdu son père, son frère et son oncle dans la bataille. Elle jura de boire le sang de Hamza. Les chefs Quraysh ne tardèrent pas une minute à réagir et à tenter d’établir des alliances avec les cités  et les tribus avoisinantes afin de combattre les musulmans, de se venger de cette humiliation  et de mettre un terme à leur présence dans la péninsule.

Abû Lahab, qui était en trop mauvaise santé physique pour participer aux combats, était resté à la Mecque. Il demanda à Abû Sufyân de lui raconter la façon dont les choses s’étaient déroulées et les circonstances de la défaite.

Anecdote : 
 Alors que ce dernier exposait les faits, un esclave assis à proximité, et qui avait gardé jusque-là secrète sa conversion à l’Islam, ne put contenir sa joie et ainsi se découvrit. Abû Lahab se précipita sur lui et le frappa rudement en le maintenant au sol. ‘Um al-Fadl, la belle-sœur d’Abû Lahab et épouse de ‘Abbâs, qui assistait à la scène et qui, elle aussi s’était secrètement convertie à l’Islam, s’élança sur son beau-frère et le frappa violemment avec un pieu de tente. La blessure à la tête était profonde. Elle s’infecta en quelques jours et le corps entier d’Abû Lahab fut finalement atteint : il mourut dans les semaines qui suivirent. 

Le Coran avait, des années auparavant, annoncé son destin et sa perte, comme celle de sa femme, alors qu’ils s’acharnaient dans leur haine de l’Islam. Contrairement à certains autres oppresseurs qui changèrent d’attitude, ni Abû Lahab ni sa femme ne manifestèrent une quelconque attirance pour le message du Prophète Muhammad (PSL). Cette mort, dans le rejet et la violence, venait de confirmer  ce que la Révélation avait annoncé : tous deux seraient, jusqu’au bout, parmi ceux qui nient et se rebellent.

Les musulmans avaient enterré leurs morts et se préparaient à rentrer à Médine. Ils avaient soixante-dix prisonniers, et une discussion eut lieu entre le Prophète Muhammad (PSL), Abû Bakr et ‘Umar. Ce dernier était d’avis qu’il fallait les tuer, contrairement à Abû Bakr, le Prophète Muhammad (PSL) décida de leur laisser la vie sauve à l’exception de deux prisonniers qui s’étaient montrés particulièrement odieux avec les musulmans, qu’ils avaient humiliés et torturés jusqu’à leur mort quand ceux-ci se trouvaient à la Mecque. La possession des captifs allait être un moyen supplémentaire d’humilier les Quraysh, contraints de venir payer une forte rançon à Médine, ce qui de surcroît, allait permettre aux musulmans d’obtenir des gains estimables. Une Révélation coranique viendra par ailleurs reprocher au Prophète Muhammad (PSL) ce choix essentiellement motivé par le désir d’acquérir des richesses : 


« Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d’avoir prévalu [mis les mécréants hors de combat] sur la terre. Vous voulez les biens d’ici-bas, tandis qu’Allah veut l’au-delà. Allah est Puissant et Sage.
N’eût-été une prescription préalable d’Allah, un énorme châtiment vous aurait touché pour ce que vous avez pris. [de la rançon]. » (Sourate 8 Al-Anfâl (Le Butin), verset 67-68)


Les combattants musulmans s’étaient du reste déjà disputés sur le partage des butins, et des divergences apparurent sur les mérites de chacun ainsi que sur la nature de la répartition. Les coutumes préislamiques quant aux butins de guerre, étaient demeurées bien ancrées : la quantité des gains amassés après une guerre faisait partie de la fierté et de l’honneur des vainqueurs.

Une Révélation du Coran mentionnera cette dispute et indiquera que le butin devait revenir « à Dieu et à son Envoyé».


« Ils t’interrogent au sujet du butin. Dis: «Le butin est à Allah et à Son messager.» Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous et obéissez à Allah et à Son messager, si vous êtes croyants. »  (Sourate 8 Al-Anfâl (LE BUTIN), verset 67-68)


Ce qui sous-entendait que le Prophète Muhammad (PSL) allait avoir à faire face à de nombreuses reprises à ce genre de tentations et de différends entre ses compagnons, et, à chaque reprise, la Révélation ou lui-même leur répétait qu’ils devaient se questionner sur leurs intentions. Cherchaient-ils les biens de ce monde ou la paix de l’au-delà ? Ils restaient des êtres humains, avec leurs faiblesses et leurs tentations. Ils avaient besoins de rappels, d’éducation spirituelle et de patience, comme c’est le cas de chaque conscience à proximité du Prophète Muhammad (PSL) ou tout au long de l’histoire des Hommes. Cette dernière nous apprend, somme toute, à ne rien idéaliser : rien ni personne.

Lorsqu’ils arrivèrent à Médine, le Prophète Muhammad (PSL) reçut la nouvelle du décès de sa fille Ruqayya, la femme de ‘Uthmân ibn ‘Affân. Il venait de perdre ses premiers compagnons, et voilà que sa fille s’en était allée alors qu’il revenait d’une expédition victorieuse. Le mariage du contentement et de l’affliction lui rappelait la fragilité de la vie et, toujours, sa relation essentielle à l’Unique dans l’épreuve comme dans le succès. Rien n’était définitivement acquis. Plus tard, ‘Uthmân allait épouser Um Kulthûm, une autre fille du Prophète Muhammad (PSL). Ce dernier allait s’unir à Hafsa, la fille de ‘Umar ibn al-Khatab, qui vint s’installer dans l’une de ses habitations aux alentours de la mosquée.

Les tractations avec les familles des captifs commencèrent. Certaines familles venues payer leur dû et s’en étaient retournées avec leur parent. Certains prisonniers furent libérés sans rançon, alors que les plus pauvres étaient soumis à des accords particuliers. Les captifs qui savaient lire et écrire et étaient incapables de payer le prix de la rançon devaient s’engager à apprendre à lire et à écrire à dix jeunes médinois s’ils voulaient obtenir leur libération. Encore une fois de plus, le Prophète Muhammad (PSL) montrait l’importance du savoir et envoyait un message aux membres de sa communauté. En temps de paix comme en temps de guerre, la savoir, la connaissance, lire et écrire, sont des facultés et des outils qui font la dignité de l’Homme. Le savoir de certains captifs était leur richesse, il devint leur rançon.

Yathrib 786
Le 08 avril 2018            

01 avril 2018

La bataille de Badr,


Arrivé à Badr, le Prophète Muhammad (PSL) établit le campement à proximité des premiers puits qu’ils trouvèrent. Observant cela, Hubâd ibn AL-Mundhir vint lui demander :


« Le lieu où nous nous sommes arrêtés t’a-t-il été révélé par Dieu, de sorte que nous n’avons pas à nous en éloigner, en avançant ou en reculant ; ou alors s’agit-il d’une opinion, d’une stratégie liée à la ruse de guerre ? » (Ibn Hischâm, op. cit., vol. 3, p. 167)


Le Prophète (PSL) confirma qu’il s’agissait de son opinion personnelle. Alors Ibn AL-Mundhir lui proposa un autre plan, qui consistait à camper autour du plus grand puits, le plus proche de la route par laquelle allait venir l’ennemi, puis de boucher les autres puits alentour afin de l’empêcher d’avoir accès à l’eau. Au cours de la bataille, il serait forcément en difficulté. Le Prophète (PSL) écouta attentivement l’exposé de cette stratégie et y adhéra immédiatement : le camp fut déplacé et le plan de Hubâd appliqué à la lettre.

Badr était un point d’eau doublé d’un marché, sur la route de la Mecque, non loin du littoral. Il était important d’arriver le premier à cet endroit qui commandait, entre autres, le ravitaillement des hommes en eau potable.

Les compagnons faisaient ainsi la différence entre les Révélations qui parvenaient au Prophète Muhammad (PSL), et auxquelles ils obéissaient sans mot dire, et les opinions de celui qui «n’étaient qu’un homme», et qui pouvaient être débattues, améliorées, voire simplement rejetées.

L’autorité du Messager (PSL)  dans les affaires humaines n’était point autocratique. Il offrait à ses compagnons un rôle éminent dans la consultation. Son enseignement, également, développait les conditions d’acquisition de cet esprit critique et créatif. Le Prophète Muhammad (PSL) donnait à ses compagnons (femmes et hommes) les moyens  et l’assurance de pouvoir être autonomes, d’oser l’interpeller et de le contredire sans jamais y voir un manquement au respect de son statut.

C’était lui qui par son attitude et par cette attitude, leur témoignait son profond respect de leur intelligence et de leur cœur. Au fond, ils aimaient le Prophète (PSL), leur guide et leur chef pour cette attention, cette disponibilité et cette exigence.

L’armée Qurayshite, qui alignait mille hommes, était composée pour la plupart par l’aristocratie mecquoise. Elle avait été retardée dans sa course vers Badr par les difficultés d’un terrain devenu marécageux à la suite de pluies diluviennes qui étaient tombées la nuit précédente.

C’est autour de cette eau nécessaire pour la survie de chacun que le sort de l’Islam allait pour la première fois se jouer.

Quand il apparut clairement que la caravane avait échappé et ce qui s’annonçait était une guerre. Le Prophète Muhammad (PSL) tenta de dissuader le Quraysh de choisir la guerre. Il envoya ‘Umar ibn al-Khattab afin qu’il leur proposât de s’en retourner et d’éviter ainsi la confrontation. Parmi les Quraysh, d’aucuns voulaient également éviter le conflit. ‘Utba, l’un des dignitaires mecquois proposa  même de payer le prix du sang de leur allié qui avait été tué pendant le mois sacré. Rien n’y fit. Les partisans de la guerre parmi les Quraysh étaient déterminés. Ils savaient que le nombre était nettement à leur avantage et ils virent d’ailleurs dans la démarche de ‘Umar un signe de faiblesse. L’occasion était belle de réduire à néant la communauté des musulmans et d’éliminer le Prophète Muhammad (PSL).

Ce dernier avait eu de son côté un certain nombre d’inspirations et de rêves. Il avait compris qua la guerre allait être la conséquence de cette rencontre avec les gens de Quraysh et que l’issue en serait favorable. Il ne cessait d’invoquer Dieu et d’appeler ses compagnons à la persévérance et à la détermination.


« Par celui qui tient entre Ses mains l’âme de Muhammad, personne ne sera tué ce jour, combattant dans le ferme espoir d’être récompensé, allant de l’avant et ne regardant pas en arrière, sans que Dieu le fasse directement entrer en Son Paradis. » (Ibn Hischâm, op. cit., vol. 3, p. 175)


Le Prophète Muhammad (PSL) se prosterna encore très longtemps (priant Dieu de tenir Sa promesse, de protéger sa communauté et de donner la victoire aux musulmans jusqu’à ce que Abû Bakr l’invita à s’arrêter, convaincu que Dieu ne pouvait les abandonner.

La bataille allait avoir lieu pendant le mois de Abû Bakr, le 17, de l’an 2 de l’Hégire (624 de l’ère chrétienne). Sur la route qui menait à Badr, le Prophète (PSL) avait rappelé aux musulmans qui désiraient jeûner que cela n’était point imposé pendant les voyages :


« La piété ne consiste pas à jeûner pendant les voyages : il est de votre devoir de faire bon usage des allègements (rukhas) que Dieu a établis pour vous. Acceptez-les donc. » (Hadîth authentique rapporté par al-Mundhirî)


Chacune des circonstances de la vie était utile à rappeler aux musulmans les enseignements de leur religion et le Prophète (PSL) insistait en permanence sur les allègements (rukhsa, plu. Rukhas) offerts aux musulmans et qui devaient faciliter la pratique et répandre la bonne nouvelle et non la répulsion.


« Facilitez les choses, ne les rendez point difficiles ! Répandez la bonne nouvelle (qui réjouit), non la mauvaise (qui révulse et repousse ! » (Hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim)


La bataille commença par trois duels dans lesquels étaient engagés Hamza’, ‘Alî et ‘Ubayda ibn al-Hârith : les deux premiers l’emportèrent alors que ‘Ubayda fut mortellement blessé.

Le Prophète Muhammad (PSL) et ses compagnons se jettent sur l’ennemi, d’après un rite antique, une poignée de cailloux, et c’est la mêlée générale.


« Ahad ! Ahad ! » (L’Un ! L’Un !) crient les musulmans.


Dans le camp Quraysh, il y avait face aux combattants musulmans, des pères, des mères, des fils, des oncles, des frères, des cousins. Tels Abdu-Rahman, le propre fils d’Abou Bakr et Al-Aç b. Hichäm, le propre oncle d’Omar b. al-Khattab, que celui-ci tuera de son épée. Ali s’était distingué particulièrement. La ferveur islamique était  telle qu’elle avait réussi à étouffer complètement les liens de sang. Malgré la disproportion des forces. Les Quraysh étaient en déroute. Ils cédaient du terrain et finissaient par mettre bas les armes.

Le Coran parlera plus tard de la protection continue de Dieu au cœur des combats, de Ses anges et de Sa promesse accomplie :


« Votre Seigneur vous a très certainement accordé la victoire à Badr alors que vous étiez en nombre insignifiant. Ayez donc la conscience intime de Dieu (la crainte révenrencielle) en témoignage de votre reconnaissance. » (Sourate 2 al-Baqarâ, verset 123)



« Oui si vous êtes patients, si vous craignez Dieu et que vos ennemis foncent sur vous, cinq mille de mes anges qui se lanceront sur eux »



« … Dieu n’a fait cela que pour vous annoncer une bonne nouvelle afin que vos cœurs soient tranquillisés. La victoire ne vient que de Dieu, le Puissant, le Juste, afin de tailler en pièce ou de culbuter une partie des incrédules, et qu’ils repartent vaincus. » 5Sourate III, verset 126 - 127)


Cette victoire marque un tournant : le statut et la supériorité des Quraysh venaient d’être sérieusement mis à mal, et la nouvelle de cette défaite se répandit comme une trainée de poudre dans l’ensemble de la péninsule.

Les anges d’après la Tradition, portaient ce jour-là des turbans d’une blancheur éclatante, à l’exception de Djibrîl (Gabriel), considéré comme le chef du bataillon, dont le turban était d’une couleur jaune tirant sur le safran.


« C’est également ce jour-là, qu’Ali prononça une parole mémorable que tous les fidèles auront à cœur, par la suite, de transformer en mode vestimentaire : »les turbans sont les tiares des Arabes. » » (Ibn Hîcham)


Les musulmans avaient perdu quatorze de leurs hommes contre plus de soixante-dix pour les Quraysh dont Abu Jahl, qui avait été l’un des ennemis les plus acharnés de l’Islam et qui avait ardemment désiré que cette bataille eût lieu. ‘Abbas, l’oncle du Prophète (qui avait pourtant été dans la confidence de ce dernier à la Mecque et avait assisté à tous les préparatifs secrets avant l’émigration) était parmi les soixante-dix prisonniers Qurayshites.

Les vainqueurs, les Ansâr notamment, voulaient pousser leur victoire jusqu’à son terme ultime en passant par le fil de l’épée tous les Qorayshites. Mais le Prophète Muhammad (PSL) s’y opposa, ne voulant pas insulter l’avenir.


Yathrib 786
Le 01 avril 2018