13 mai 2018

La simplicité du Prophète Muhamamd (PSL), une relation de piété, de générosité et d’amour à l’endroit de sa fille Fâtima


Le Prophète Muhammad (PSL) vivait très modestement. Sa demeure était particulièrement sobre. Il n’y avait chez lui que quelques dates pour se nourrir. Il ne cessait de venir en aide aux personnes démunies autour de lui et, en particulier à ahl as-suffa, aux gens du banc, vivant à proximité de sa demeure.


Il distribuait les cadeaux qu’il pouvait recevoir et libérait les esclaves immédiatement les esclaves qui lui étaient envoyés en don. C’est ce qu’il fit avec l’esclave Abû Râfi’ que son oncle ‘Abbâs lui fit parvenir une fois revenu à la Mecque après sa libération. 


Malgré un rôle de plus en plus important dans la société médinoise et des responsabilités multiples, il préservait cette simplicité dans la vie et dans sa manière de se laisser aborder par les membres de sa communauté. Il ne possédait rien et acceptait d’être interpellé par les femmes, les enfants, les esclaves comme par les plus pauvres. Il vivait parmi eux. Il était l’un des leurs.


Sa fille Fâtima était proche du Prophète Muhammad (PSL). Mariée à ‘Alî ibn Tâlib, le cousin du Prophète (PSL). Elle avait finalement déménagé à rpoximité de la demeure du Prophète (PSL). Elle se dévouait énormément pour la cause des plus pauvres, notamment des ahl as-suffa.  Quand le Prophète (PSL) était assis ou participait à une assemblée et que sa famille venait à lui ou entrait dans la pièce, il avait coutume de se lever et de la recevoir en lui témoignant publiquement un respect et une tendresse immenses. Les Médinois et les Mecquois étaient étonnés de cette façon de traiter sa fille  au-delà les femmes qui généralement ne recevait guère ce genre de traitement.


Le Prophète Muhammad (PSL) embrassait sa fille, lui parlait, se confiait à elle et l’asseyait à ses côtés en ne tenant pas compte des remarques, voire des critiques que son comportement pouvait susciter. 


Il embrassa un jour son petit-fils, al-Hassan, le fils de Fâtima, devant un groupe de bédouins qui en furent choqués. L’un d’eux, al-Aqra’ ibn Hâbis, manifesta sa stupéfaction en lui disant :


« J’ai une dizaine d’enfants et je n’en ai jamais embrassé un seul ! »

Le Prophète (PSL) répondit :

« Celui qui n’est point généreux [affectueux, clément], Dieu n’est point généreux à son égard. » (Hâdith rapporté par al-Bukhârî et Muslim)


A la lumière son attitude et son exemplarité, au détour de certaines réflexions et remarques, le Prophète (PSL) enseignait à la communauté et à son peuple les bonnes manières, la bonté, la douceur, le respect des enfants, la délicatesse et la galanterie à l’égard des femmes. 


« Je n’ai été envoyé que pour parfaire la noblesse des comportements. » (Hâdith rapporté par al-Bukhârî)


Fâtima recevait de son père cette affection et les enseignements de la foi et de la tendresse et les répandait dans son entourage au gré de ses activités auprès des pauvres.


Un jour, pourtant, elle fit part de ses difficultés à son mari. Comme le Prophète Muhammad (PSL), il ne possédait rien et elle sentait qu’elle avait de plus en plus de difficultés à gérer le quotidien, sa famille, ses enfants. Son mari lui conseilla d’aller demander de l’aide au Prophète (PSL). Sans doute pourrait-il mettre à sa disposition un des esclaves qu’il avait reçu en cadeau. Elle alla le voir. Elle n’osa point présenter sa requête, tant était profond le respect pour le Prophète (PSL).


Lorsqu’elle revînt, silencieuse et bredouille, ‘Alî décida de l’accompagner et de demander de l’aide au Prophète (PSL). Ce dernier les écouta et les informa qu’il ne pouvait rien faire pour eux, que leur situation était bien meilleure que celle des ahl as-suffa . Il fallait donc qu’ils résistent et patientent. Ils s’en retournèrent déçus et attristés. Ils ne pouvaient se prévaloir d’aucun privilège social.


Tard dans la soirée, le Prophète Muhammad (PSL) se présenta au seuil de leur demeure. Ils voulurent se lever pour le recevoir et le Prophète Muhammad (PSL) entra et vint s’asseoir sur le bord de leur couche.


« Voulez-vous que je vous offre quelque chose de meilleur que ce que vous m’avez demandé ? »


Ils répondirent par l’affirmative et le Prophète (PSL) ajouta :


« Ce sont les paroles que Gabriel m’a apprises et que vous devriez répéter dix fois après chaque prière :

« Gloire à Dieu » (Subhân Allah)

« Louange à Dieu » (al-Hamdoulillah)

« Dieu est le plus grand » (Allahu Akbar)

« Avanrt de vous couchez vous devriez répéterchacune de ces formules trente trois fois. »  (Hadîth rapporté par al-Bukhâri et Muslim)



Assis au chevet de sa fille, tard dans la nuit, profondément attentif à ses besoins, il répondait à sa requête matérielle en lui faisant le privilège d’une confidence du Divin : un enseignement spirituel qui nous est parvenu à travers les âges et que chaque musulman a fait désormais sien au cœur de son quotidien.


Fâtima, comme son mari ‘Alî, fut un modèle de piété, de générosité et d’amour. Elle vivait dans la lumière des enseignements spirituels du Prophète (PSL) : vivre de peu, tout demander à l’Unique, et tout donner de soi aux hommes. 


Des années plus tard, au chevet du Prophète Muhammad (PSL) mourant, elle pleurera intensément lorsqu’il lui murmurera à l’oreille que Dieu allait le rappeler à Lui, qu’il était l’heure pour lui de s’en aller. Elle sourira de bonheur lorsque, quelques minutes plus tard, il lui confiera, comme si la confidence affectueuse révélait l’essence de la relation de ce Prophète (PSL) avec sa fille, qu’elle serait le premier membre de sa famille à le rejoindre.



Yathrib 786


Le 13 mai 2018

06 mai 2018

Le dialogue des religions : les Chrétiens de Najrân


La date de la visite des chrétiens de Najrân n’est pas connue précisément. Certaines sources comme Ibn Hishâm, la placent avant la bataille de Badr. D’autres sources (Ibn Ishâq) situent cette visite entre la bataille de Badr et celle d’Uhud.


« Parmi ces délégations, il y avait une ambassade envoyée par les chrétiens de la tribu des Balhârith venue du Nadjrân au Yémen. Elle arrive au mois de shawwâl de l'an 10 (janvier 631). Son arrivée à Médine fait sensation. Elle était composée de 70 cavaliers, à la tête desquels se trouvait le triumvirat formé du syndic des métiers ('âqib), du chef des caravanes (sayyid), et de l'évêque du lieu. Ils frayent avec la population musulmane et échangent avec elle des propos amicaux. Le prophète les autorise même à célébrer le culte chrétien à l'intérieur de la mosquée, en s'orientant vers Jérusalem. » (Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg)


Une délégation avec à sa tête 14 notables religieux étaient venu de Najrân (Yémen) pour interroger le Prophète Muhammad (PSL) sur la nouvelle religion, sa foi et, bien sûr, sur le statut de Jésus (Issa Ibn Maryam) dans l’Islam.

Il existait de nombreuses tribus chrétiennes dans la Péninsule Arabique. La majorité des chrétiens du Yémen semblaient suivre le rite orthodoxe melkite dont le centre était à Constantinople.

Le Prophète Muhammad (PSL) répondit à leurs questions et mit en évidence le lien entre les deux traditions en ce que l’Islam était la continuation du message du Prophète Jésus, mais il fut catégorique quant au refus du dogme de la trinité. Le Prophète Muhammad (PSL) les appela à l’adoration du Dieu Unique et à accepter l’Islam comme étant la dernière Révélation.


« Alif – Lâm – Mîm. Dieu, il n’y a point d’autre divinité que Lui, le Vivant, l’Animateur de l’Univers ! Il t’a révélé graduellement le Livre en tant que Message de vérité, confirmant ce qui l’avait précédé, comme Il avait révélé la Torah et l’Évangile auparavant, pour servir de direction aux hommes. Et Il a également révélé le Livre du discernement [Le Coran]. » (Sourate 3 La famille d’Imrân, verset 1-3)


La Révélation confirme la reconnaissance des précédents Livres qui sont parvenus à l’humanité par l’intermédiaire de Moïse et de Jésus. Elle ajoute que le Coran participe de la même tradition monothéiste.

Plus loin le Coran précise les termes de l’invitation faite aux chrétiens quant au rapprochement et aux distinctions des deux messages :


« Dis : « Ô gens du Livre ! Venez donc à une parole commune entre nous et vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu. »


S’ils s’y refusent, dites-leur :


« Soyez témoins que, en ce qui nous concerne, nous sommes soumis à Dieu. » (Sourate 3 La famille d’Imrân, verset 64)


La délégation du Najân refusera d’adhérer au message du Prophète (PSL). Avant de repartir, les membres de la délégation voulurent accomplir leurs prières leurs prières à l’intérieur de la mosquée. Les compagnons s’y opposèrent et le Prophète (PSL) intervint :


« Laissez les prier ! »


Ceux-ci prièrent donc dans la mosquée en se tournant vers l’Orient. Au moment de partir, ils proposèrent au Prophète (PSL) d’envoyer avec eux un émissaire qui vivrait auprès d’eux, répondrait à leurs questions et, le cas échéant, jugerait de certaines de leurs affaires. Abû ‘Ubayda Ibn al-Jarrâh fut désigné alors que ‘Umar ibn al-Khattâb avouera plus tard avoir tenté d’attirer l’attention du Prophète (PSL) afin que celui-ci le désignât pour accomplir cette mission.

La délégation s’en retourna. Les chrétiens étaient venus à Médine, s’étaient enquis du Message, avaient écouté le contenu de la nouvelle religion, avaient présenté leurs arguments, avaient prié à l’intérieur même de la Mosquée, puis ils étaient partis sans être inquiétés, toujours chrétiens et parfaitement libres.

L’attitude du Prophète (PSL) ne sera oubliée par les premiers compagnons qui en tirèrent la substance du respect qu’impose l’Islam à ses fidèles en les invitant, au-delà de la tolérance, à apprendre, à écouter et à reconnaître la dignité de l’autre. Le commandement : 


« Pas de contrainte en religion » (Sourate 2 Baqâra, verset 256)


s’accorde avec cette façon respectueuse d’aborder la diversité et le dialogue des religions.


« Ô vous les hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. En vérité, le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est celui dont la conscience de Dieu [la piété] est la plus profonde. Dieu est Omniscient et le Bien informé. » Sourate 49, verset 13)


Plus que la tolérance, le respect exigé par Dieu se fonde sur un rapport égalitaire de connaissance mutuelle. Dieu seul connaît le contenu des cœurs et la profondeur de la piété des uns et des autres.


« Et tu constateras certainement que les plus proches en sympathie (en terme d’affection) vis-à-vis des croyants (musulmans) sont ceux qui disent nous sommes chrétiens et ce car il en est parmi eux qui sont prêtres et moines et qu’ils ne s’enflent point d’orgueil. » (Sourate 5 verset 82)


Ce verset formule les termes d’une relation privilégiée entre les musulmans et les chrétiens, se fondant sur deux qualités essentielles que sont la sincérité et l’humilité. Avec les chrétiens comme avec toutes les autres traditions spirituelles et religieuses, l’invitation à la rencontre, au partage et à un vivre ensemble fructueux restera pour toujours fondée sur ces trois conditions :


  • Chercher à acquérir la tradition de l’autre
  • Demeurer sincère
  • Apprendre l’humilité quant à la prétention  à détenir la vérité


Ci-dessous le texte connu sous le nom «Pacte de Najrân» établi par le Prophète Muhammad (PSL) : 

 « “Au nom de Dieu clément et miséricordieux.” Charte de protection donnée par Dieu et son apôtre à ceux qui ont reçu  le Livre (sacré), aux chrétiens qui appartiennent à la religion de  Najran ou à toute autre secte chrétienne. Il leur a été écrit par  Mahomet, envoyé de Dieu près de tous les hommes, en gage de protection  de la part de Dieu et de son apôtre, et afin qu’il soit pour les  musulmans qui viendront après lui un pacte qui les engagera, qu’ils  devront admettre, reconnaître pour authentique et observer en leur  faveur. Il est défendu à tout homme, fût-il gouverneur ou détenteur  d’autorité, de l’enfreindre ou de le modifier. Les Croyants ne devront  pas être à la charge des chrétiens, en leur imposant d’autres conditions que celles qui sont portées dans cet écrit. Celui qui le conservera,  qui le respectera, qui se conformera à ce qui y est renfermé,  s’acquittera de ses devoirs et observera le pacte de l’apôtre de Dieu.  Celui qui, au contraire, le violera, qui s’y opposera, qui le changera,  portera son crime sur sa tête ; car il aura trahi le pacte de Dieu,  violé sa foi, résisté à son autorité et contrevenu à la volonté de son  apôtre : il sera donc imposteur aux yeux de Dieu. Car la religion que  Dieu a imposée, et le pacte qu’il a fait, rendent la protection  obligatoire. Celui qui n’observera pas ce pacte, violera ses devoirs  sacrés, et celui qui viole ses devoirs sacrés n’a pas de fidélité et  sera renié par Dieu et par tous les croyants sincères. La raison pour  laquelle les chrétiens ont mérité d’obtenir ce pacte de protection de  Dieu, de son envoyé et des croyants, est un droit qu’ils se sont acquis, et qui engage quiconque est musulman, d’obtenir cette charte établie en leur faveur par les hommes de cette religion et qui force tout musulman à y avoir égard, à lui prêter main-forte, à la conserver, à la garder  perpétuellement et à la respecter fidèlement.
·        la protection de Dieu et la garantie du prophète Mahomet, envoyé de  Dieu, s’étendent sur Najran et alentours, soit sur leurs biens, leurs  personnes, la pratique de leur culte, leurs absents et présents, leurs  familles et leurs sanctuaires, et tout ce qui grand et petit, se trouve  en leur possession
·        aucun évêque ne sera déplacé de son siège épiscopal,
·        ni aucun moine de son monastère,
·        ni aucun prêtre de sa cure,
·        aucune humiliation ne pèsera sur eux,
·        ni le sang d’une vengeance antérieure à la soumission,
·        ils ne seront ni assemblés ni assujettis à la dîme,
·        aucune troupe ne foulera leur sol
·        et lorsqu’un d’eux réclamera son dû,
·        l’équité sera de mise parmi eux
·        ils ne seront ni oppresseurs ni opprimés
·        et quiconque d’entre eux pratiquera dans l’avenir l’usure, sera mis hors de ma protection
·        aucun homme parmi eux ne sera tenu pour responsable de la faute d’un autre »




Yathrib 786
Le 06 mai 2018

29 avril 2018

De la modération ! De la modération !


La vie continuait à Médine. Malgré la complexité des relations et la vigilance nécessaire, le Prophète Muhammad (PSL) continuait à dispenser ses enseignements à la lumière des Révélations qui lui parvenaient. Il ne cessait d’être l’exemple dont la particularité était l’équilibre entre une stricte fidélité à ses principes et une constante chaleur humaine qui se dégageait de son contact et de sa présence. Les compagnons en étaient si avides qu’ils se relayaient afin de passer le plus de temps possible en sa compagnie de pouvoir l’écouter et apprendre.

Les compagnons aimaient le Prophète Muhammad (PSL) d’un amour respectueux, profond et fidèle. Le Prophète (PSL) ne cessait de les inviter à approfondir cet amour, à apprendre à l’aimer encore davantage et à l’aimer enfin à la lumière supérieure de l’amour de Dieu.

Dans son quotidien, alors qu’il était préoccupé par les attaques, les trahisons et la soif de vengeance des ennemis, il restait attentif aux détails de la vie et aux attentes de chacun, mêlant de façon permanente la rigueur et la générosité de la fraternité et du pardon. Ses compagnons, comme ses épouses, le regardaient prier durant de longues heures de la nuit, seul, loin des hommes, isolé dans le murmure de ses prières et de ses invocations qui nourrissaient son dialogue avec l’Unique.

‘Aïcha, son épouse, en était impressionnée et étonnée :


« Ne t’imposes-tu pas trop [d’actes de dévotions] alors que Dieu t’a déjà pardonné tes fautes passées et futures ? Et le Prophète de répondre : Comment pourrais-je ne point être un serviteur reconnaissant [qui remercie] ? » (Hadith raporté par al-Bukhâri et Muslim)


Il n’imposait point à ses compagnons ce qu’il s’imposait de pratiques, de jeûnes, de méditations. Au contraire, il exigeait d’eux qu’ils allègent leur fardeau et qu’ils évitent l’excès. A certains compagnons qui voulaient mettre un terme à leur vie sexuelle, prier durant les nuits entières ou jeûner sans discontinuer (comme ‘Uthmân ibn Maz’ûm ou ‘Abd Allah ibn ‘Amr ibn al-‘As), il disait :


« N’en faites rien ! Mais jeûne certains jours et mange certains jours. Dors une partie de la nuit et veille une autre partie en accomplissant la prière. Car ton corps a sur toi des droits, tes yeux ont sur toi un droit, ta femme a sur toi un droit, ton hôte a sur toi un droit. » (Hadith rapporté par al-Bukhâri)


Il s’exclama un jour et répéta trois fois :


« Malheur aux exagérateurs (rigoristes) !!! (Hadith rapporté par Muslim)


Et en une autre circonstance :


« La modération, la modération ! Car c’est seulement par la modération que vous arriverez à bon port. » (Hadith rapporté par al-Bukhârî)


Il n’avait de cesse d’apaiser la conscience des croyants qui avaient peur de leurs faiblesses et de leurs manquements. Un jour, le compagnon Handhala al-Usaydî rencontra Abû Bakr et lui confia être persuadé de sa profonde hypocrisie, tant il se sentait traversé de sentiments contradictoires : dans la présence du Prophète (PSL), il n’était pas loin de voir le paradis et l’enfer, mais lorsqu’il s’en éloignait, il était distrait par sa femme, ses enfants et ses affaires. Abû Bakr lui confia à son tour qu’il vivait les mêmes tensions. Ils allèrent voir le Prophète (PSL) et le questionner sur cet apparemment triste état de leur spiritualité. Handhala lui exposa la nature de ses doutes, et le Prophète Muhammad (PSL) lui répondit :


«  Par celui qui détient mon âme entre Ses mains, si vous aviez le pouvoir de demeurer dans l’état [spirituel] où vous êtes en ma compagnie et dans le souvenir permanent de Dieu, les anges vous serreraient la main dans vos lits et sur les chemins. Mais il n’en est rien, Handhala, il est une heure  pour cela [la dévotion, le souvenir] et une heure pour cela [le repos, la distraction]. » (Hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim


Il n’y avait donc là aucune des dimensions de l’hypocrisie, mais simplement la réalité de la nature humaine qui se souvient et oublie, qui a besoin de se souvenir justement parce qu’elle oublie. Parce que les humains ne sont point des anges.

En d’autres circonstances, il les surprenait en affirmant que c’était au cœur même de leurs besoins  les plus humains, dans l’humble reconnaissance de leur humanité, qui s’exprimait la sincérité d’une prière, d’une aumône ou d’un acte d’adoration.


« La prescription du bien est une aumône, la proscription du mal est une aumône. Dans vos relations sexuelles avec vos épouses, il y a une aumône. »


Ses compagnons surpris lui dirent :


« Ô Messager de Dieu, quand l’un de nous satisfait son désir sexuel en reçoit-il en plus une récompense ? »
Le Prophète Muhammad (PSL) répondit :
« Dites-moi, si l’un d’entre vous avait eu une relation illicite, n’aurait-il point commis un péché ? C’est pourquoi lorsqu’il y a une relation licité, il en reçoit la récompense. » (Hadith rapporté par Bukhârî)


Le Prophète Muhammad (PSL) invitait ses compagnons à ne jamais nier ou mépriser leur humanité. Ils étaient des hommes et avec leurs qualité et leurs défauts. La spiritualité, c’est à la fois accepter ses instincts et essayer de les canaliser : vivre ses désirs naturels à la lumière de ses principes est une prière. Jamais une faute, encore mois de l’hypocrisie.

Le Prophète Muhammad (PSL) détestait que les compagnons entretiennent un sentiment de culpabilité. Il leur répétait de ne jamais cesser de dialoguer avec l’Unique, l’Infiniment bon, le Miséricordieux qui accueille chacun dans Sa grâce et Sa bonté. Le Seigneur aime la sincérité des cœurs. C’est le sens profond du « at-Tawba ». Quelles que soient les circonstances, le musulman doit revenir à Dieu. Dieu aime ce retour sincère auprès de lui. Le Prophète (PSL) en donnait l’exemple.

Un bédouin vient un jour uriner dans la mosquée, et les compagnons se précipitèrent sur lui et voulurent le battre. Le Prophète Muhammad (PSL) intervint et leur dit :


« Laissez-le en paix et verser simplement un seau d’eau sur son urine. Dieu ne vous a suscités que pour faciliter les obligations et non point pour les rendre difficiles. » (Hadith rapporté par al-Bukhâri)


Un homme vint un jour trouver le Prophète Muhammad (PSL) et lui dit :


« Je suis perdu !
« Pourquoi donc ? Lui demanda le Prophète (PSL)
« J’ai eu commerce avec ma femme pendant les heures de jeûne du Ramadân ! »
« Fais donc l’aumône » Répondit le Prophète (PSL)
« Je ne possède rien ! », puis il s’assit non loin du Prophète (PSL)
Un homme vint apporter un peu de nourriture au Prophète (PSL)
Le Prophète (PSL) appela l’homme perdu et lui : « Prends cette nourriture et va la donner en aumône ! »
« A plus pauvre que moi ? Ma famille n’a rien à manger !
« Alors mangez-là vous-mêmes «  Répondit le Prophète (PSL) en souriant.(Hadith raporté par al-Bukhârî)


Cette douceur et cette bonté étaient l’essence même de son enseignement et il répétait :


« Dieu est doux (Rafîq) et il aime la douceur (ar-rifq) en toute chose »


En ajoutant :


« Il donne pour la douceur ce qu’il ne donne pas pour la violence ou toute autre chose. » (Hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim)


Le Prophète Muhammad (PSL) confia à l’un de ses compagnons :


« Il y a en toi deux qualités que Dieu aime : la clémence (al-hilm) et la longanimité (la grandeur d’âme), la tolérance (al-anâ) » Hadith rapporté par Muslim


Il invitait tous les compagnons à ce constant effort de la douceur et du pardon.


« S’il te parvient de ton frère une chose que tu désapprouves, cherche-lui une à soixante –dix excuses. Si tu ne trouves pas, dis (persuade-toi) que c’est une excuse que tu ne connais pas. » (Hadith rapporté par Muslim)


Autour de la mosquée, à proximité de la demeure du Prophète (PSL), s’étaient installés certains nouveaux convertis à l’Islam qui n’avaient pas de toit et étaient souvent privés de nourriture. Démunis (parfois volontairement, car certains désiraient vivre l’ascèse loin des biens du monde), leur subsistance dépendait des aumônes et des dons des musulmans. Leur nourriture ne cessait d’augmenter et ils furent bientôt appelés « ahl as-suffa » (les gens du banc).

Le Prophète (PSL) était touché par leur situation et manifestait une solidarité permanente à leur égard. Il les écoutait, répondit à leurs questions et était attentif aux besoins de chacun.  C’était une des particularités de sa personnalité et de ses enseignements, avec ahl as-suffa comme avec l’ensemble de sa communauté.

A la même question sur la spiritualité, la foi, l’éducation ou le doute, il apportait des réponses différentes et adaptées qui tenaient compte de la psychologie, du vécu et de l’intelligence de celle ou de celui qui l’apostrophait.

Les compagnons se sentaient vus, respectés, compris, aimés et en effet, le Prophète Muhammad (PSL) les aimait, leur disait et leur conseillait, en sus, de ne jamais oublier de se confier mutuellement leur amour :

«Quand quelqu’un aime son frère (sa sœur), qu’il lui fasse part de son amour pour lui (elle). »

Au jeune Mu’adh Ibn Jabal, qu’il saisit un jour par la main, il murmura :


« Ô Mu’âdh, par Dieu, je t’aime. Et je te conseille, ô Mu’ädh, de ne pas oublier de dire à la suite de chaque prière rituelle : « Ô Dieu, aide-moi à me souvenir de Toi ? à Te remercier et à parfaire mon adoration à Ton égard. »


Yathrib 786
Le 29 avril 2018