01 avril 2018

La bataille de Badr,


Arrivé à Badr, le Prophète Muhammad (PSL) établit le campement à proximité des premiers puits qu’ils trouvèrent. Observant cela, Hubâd ibn AL-Mundhir vint lui demander :


« Le lieu où nous nous sommes arrêtés t’a-t-il été révélé par Dieu, de sorte que nous n’avons pas à nous en éloigner, en avançant ou en reculant ; ou alors s’agit-il d’une opinion, d’une stratégie liée à la ruse de guerre ? » (Ibn Hischâm, op. cit., vol. 3, p. 167)


Le Prophète (PSL) confirma qu’il s’agissait de son opinion personnelle. Alors Ibn AL-Mundhir lui proposa un autre plan, qui consistait à camper autour du plus grand puits, le plus proche de la route par laquelle allait venir l’ennemi, puis de boucher les autres puits alentour afin de l’empêcher d’avoir accès à l’eau. Au cours de la bataille, il serait forcément en difficulté. Le Prophète (PSL) écouta attentivement l’exposé de cette stratégie et y adhéra immédiatement : le camp fut déplacé et le plan de Hubâd appliqué à la lettre.

Badr était un point d’eau doublé d’un marché, sur la route de la Mecque, non loin du littoral. Il était important d’arriver le premier à cet endroit qui commandait, entre autres, le ravitaillement des hommes en eau potable.

Les compagnons faisaient ainsi la différence entre les Révélations qui parvenaient au Prophète Muhammad (PSL), et auxquelles ils obéissaient sans mot dire, et les opinions de celui qui «n’étaient qu’un homme», et qui pouvaient être débattues, améliorées, voire simplement rejetées.

L’autorité du Messager (PSL)  dans les affaires humaines n’était point autocratique. Il offrait à ses compagnons un rôle éminent dans la consultation. Son enseignement, également, développait les conditions d’acquisition de cet esprit critique et créatif. Le Prophète Muhammad (PSL) donnait à ses compagnons (femmes et hommes) les moyens  et l’assurance de pouvoir être autonomes, d’oser l’interpeller et de le contredire sans jamais y voir un manquement au respect de son statut.

C’était lui qui par son attitude et par cette attitude, leur témoignait son profond respect de leur intelligence et de leur cœur. Au fond, ils aimaient le Prophète (PSL), leur guide et leur chef pour cette attention, cette disponibilité et cette exigence.

L’armée Qurayshite, qui alignait mille hommes, était composée pour la plupart par l’aristocratie mecquoise. Elle avait été retardée dans sa course vers Badr par les difficultés d’un terrain devenu marécageux à la suite de pluies diluviennes qui étaient tombées la nuit précédente.

C’est autour de cette eau nécessaire pour la survie de chacun que le sort de l’Islam allait pour la première fois se jouer.

Quand il apparut clairement que la caravane avait échappé et ce qui s’annonçait était une guerre. Le Prophète Muhammad (PSL) tenta de dissuader le Quraysh de choisir la guerre. Il envoya ‘Umar ibn al-Khattab afin qu’il leur proposât de s’en retourner et d’éviter ainsi la confrontation. Parmi les Quraysh, d’aucuns voulaient également éviter le conflit. ‘Utba, l’un des dignitaires mecquois proposa  même de payer le prix du sang de leur allié qui avait été tué pendant le mois sacré. Rien n’y fit. Les partisans de la guerre parmi les Quraysh étaient déterminés. Ils savaient que le nombre était nettement à leur avantage et ils virent d’ailleurs dans la démarche de ‘Umar un signe de faiblesse. L’occasion était belle de réduire à néant la communauté des musulmans et d’éliminer le Prophète Muhammad (PSL).

Ce dernier avait eu de son côté un certain nombre d’inspirations et de rêves. Il avait compris qua la guerre allait être la conséquence de cette rencontre avec les gens de Quraysh et que l’issue en serait favorable. Il ne cessait d’invoquer Dieu et d’appeler ses compagnons à la persévérance et à la détermination.


« Par celui qui tient entre Ses mains l’âme de Muhammad, personne ne sera tué ce jour, combattant dans le ferme espoir d’être récompensé, allant de l’avant et ne regardant pas en arrière, sans que Dieu le fasse directement entrer en Son Paradis. » (Ibn Hischâm, op. cit., vol. 3, p. 175)


Le Prophète Muhammad (PSL) se prosterna encore très longtemps (priant Dieu de tenir Sa promesse, de protéger sa communauté et de donner la victoire aux musulmans jusqu’à ce que Abû Bakr l’invita à s’arrêter, convaincu que Dieu ne pouvait les abandonner.

La bataille allait avoir lieu pendant le mois de Abû Bakr, le 17, de l’an 2 de l’Hégire (624 de l’ère chrétienne). Sur la route qui menait à Badr, le Prophète (PSL) avait rappelé aux musulmans qui désiraient jeûner que cela n’était point imposé pendant les voyages :


« La piété ne consiste pas à jeûner pendant les voyages : il est de votre devoir de faire bon usage des allègements (rukhas) que Dieu a établis pour vous. Acceptez-les donc. » (Hadîth authentique rapporté par al-Mundhirî)


Chacune des circonstances de la vie était utile à rappeler aux musulmans les enseignements de leur religion et le Prophète (PSL) insistait en permanence sur les allègements (rukhsa, plu. Rukhas) offerts aux musulmans et qui devaient faciliter la pratique et répandre la bonne nouvelle et non la répulsion.


« Facilitez les choses, ne les rendez point difficiles ! Répandez la bonne nouvelle (qui réjouit), non la mauvaise (qui révulse et repousse ! » (Hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim)


La bataille commença par trois duels dans lesquels étaient engagés Hamza’, ‘Alî et ‘Ubayda ibn al-Hârith : les deux premiers l’emportèrent alors que ‘Ubayda fut mortellement blessé.

Le Prophète Muhammad (PSL) et ses compagnons se jettent sur l’ennemi, d’après un rite antique, une poignée de cailloux, et c’est la mêlée générale.


« Ahad ! Ahad ! » (L’Un ! L’Un !) crient les musulmans.


Dans le camp Quraysh, il y avait face aux combattants musulmans, des pères, des mères, des fils, des oncles, des frères, des cousins. Tels Abdu-Rahman, le propre fils d’Abou Bakr et Al-Aç b. Hichäm, le propre oncle d’Omar b. al-Khattab, que celui-ci tuera de son épée. Ali s’était distingué particulièrement. La ferveur islamique était  telle qu’elle avait réussi à étouffer complètement les liens de sang. Malgré la disproportion des forces. Les Quraysh étaient en déroute. Ils cédaient du terrain et finissaient par mettre bas les armes.

Le Coran parlera plus tard de la protection continue de Dieu au cœur des combats, de Ses anges et de Sa promesse accomplie :


« Votre Seigneur vous a très certainement accordé la victoire à Badr alors que vous étiez en nombre insignifiant. Ayez donc la conscience intime de Dieu (la crainte révenrencielle) en témoignage de votre reconnaissance. » (Sourate 2 al-Baqarâ, verset 123)



« Oui si vous êtes patients, si vous craignez Dieu et que vos ennemis foncent sur vous, cinq mille de mes anges qui se lanceront sur eux »



« … Dieu n’a fait cela que pour vous annoncer une bonne nouvelle afin que vos cœurs soient tranquillisés. La victoire ne vient que de Dieu, le Puissant, le Juste, afin de tailler en pièce ou de culbuter une partie des incrédules, et qu’ils repartent vaincus. » 5Sourate III, verset 126 - 127)


Cette victoire marque un tournant : le statut et la supériorité des Quraysh venaient d’être sérieusement mis à mal, et la nouvelle de cette défaite se répandit comme une trainée de poudre dans l’ensemble de la péninsule.

Les anges d’après la Tradition, portaient ce jour-là des turbans d’une blancheur éclatante, à l’exception de Djibrîl (Gabriel), considéré comme le chef du bataillon, dont le turban était d’une couleur jaune tirant sur le safran.


« C’est également ce jour-là, qu’Ali prononça une parole mémorable que tous les fidèles auront à cœur, par la suite, de transformer en mode vestimentaire : »les turbans sont les tiares des Arabes. » » (Ibn Hîcham)


Les musulmans avaient perdu quatorze de leurs hommes contre plus de soixante-dix pour les Quraysh dont Abu Jahl, qui avait été l’un des ennemis les plus acharnés de l’Islam et qui avait ardemment désiré que cette bataille eût lieu. ‘Abbas, l’oncle du Prophète (qui avait pourtant été dans la confidence de ce dernier à la Mecque et avait assisté à tous les préparatifs secrets avant l’émigration) était parmi les soixante-dix prisonniers Qurayshites.

Les vainqueurs, les Ansâr notamment, voulaient pousser leur victoire jusqu’à son terme ultime en passant par le fil de l’épée tous les Qorayshites. Mais le Prophète Muhammad (PSL) s’y opposa, ne voulant pas insulter l’avenir.


Yathrib 786
Le 01 avril 2018
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