08 avril 2018

Les conséquences de Badr


Le retour des Qurayshites à la Mecque fut douloureux, et la plupart des clans étaient touchés par la mort d’un des leurs. La situation était désastreuse. Toutes les bouches criaient vengeance à l’instar de Hind qui avait perdu son père, son frère et son oncle dans la bataille. Elle jura de boire le sang de Hamza. Les chefs Quraysh ne tardèrent pas une minute à réagir et à tenter d’établir des alliances avec les cités  et les tribus avoisinantes afin de combattre les musulmans, de se venger de cette humiliation  et de mettre un terme à leur présence dans la péninsule.

Abû Lahab, qui était en trop mauvaise santé physique pour participer aux combats, était resté à la Mecque. Il demanda à Abû Sufyân de lui raconter la façon dont les choses s’étaient déroulées et les circonstances de la défaite.

Anecdote : 
 Alors que ce dernier exposait les faits, un esclave assis à proximité, et qui avait gardé jusque-là secrète sa conversion à l’Islam, ne put contenir sa joie et ainsi se découvrit. Abû Lahab se précipita sur lui et le frappa rudement en le maintenant au sol. ‘Um al-Fadl, la belle-sœur d’Abû Lahab et épouse de ‘Abbâs, qui assistait à la scène et qui, elle aussi s’était secrètement convertie à l’Islam, s’élança sur son beau-frère et le frappa violemment avec un pieu de tente. La blessure à la tête était profonde. Elle s’infecta en quelques jours et le corps entier d’Abû Lahab fut finalement atteint : il mourut dans les semaines qui suivirent. 

Le Coran avait, des années auparavant, annoncé son destin et sa perte, comme celle de sa femme, alors qu’ils s’acharnaient dans leur haine de l’Islam. Contrairement à certains autres oppresseurs qui changèrent d’attitude, ni Abû Lahab ni sa femme ne manifestèrent une quelconque attirance pour le message du Prophète Muhammad (PSL). Cette mort, dans le rejet et la violence, venait de confirmer  ce que la Révélation avait annoncé : tous deux seraient, jusqu’au bout, parmi ceux qui nient et se rebellent.

Les musulmans avaient enterré leurs morts et se préparaient à rentrer à Médine. Ils avaient soixante-dix prisonniers, et une discussion eut lieu entre le Prophète Muhammad (PSL), Abû Bakr et ‘Umar. Ce dernier était d’avis qu’il fallait les tuer, contrairement à Abû Bakr, le Prophète Muhammad (PSL) décida de leur laisser la vie sauve à l’exception de deux prisonniers qui s’étaient montrés particulièrement odieux avec les musulmans, qu’ils avaient humiliés et torturés jusqu’à leur mort quand ceux-ci se trouvaient à la Mecque. La possession des captifs allait être un moyen supplémentaire d’humilier les Quraysh, contraints de venir payer une forte rançon à Médine, ce qui de surcroît, allait permettre aux musulmans d’obtenir des gains estimables. Une Révélation coranique viendra par ailleurs reprocher au Prophète Muhammad (PSL) ce choix essentiellement motivé par le désir d’acquérir des richesses : 


« Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d’avoir prévalu [mis les mécréants hors de combat] sur la terre. Vous voulez les biens d’ici-bas, tandis qu’Allah veut l’au-delà. Allah est Puissant et Sage.
N’eût-été une prescription préalable d’Allah, un énorme châtiment vous aurait touché pour ce que vous avez pris. [de la rançon]. » (Sourate 8 Al-Anfâl (Le Butin), verset 67-68)


Les combattants musulmans s’étaient du reste déjà disputés sur le partage des butins, et des divergences apparurent sur les mérites de chacun ainsi que sur la nature de la répartition. Les coutumes préislamiques quant aux butins de guerre, étaient demeurées bien ancrées : la quantité des gains amassés après une guerre faisait partie de la fierté et de l’honneur des vainqueurs.

Une Révélation du Coran mentionnera cette dispute et indiquera que le butin devait revenir « à Dieu et à son Envoyé».


« Ils t’interrogent au sujet du butin. Dis: «Le butin est à Allah et à Son messager.» Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous et obéissez à Allah et à Son messager, si vous êtes croyants. »  (Sourate 8 Al-Anfâl (LE BUTIN), verset 67-68)


Ce qui sous-entendait que le Prophète Muhammad (PSL) allait avoir à faire face à de nombreuses reprises à ce genre de tentations et de différends entre ses compagnons, et, à chaque reprise, la Révélation ou lui-même leur répétait qu’ils devaient se questionner sur leurs intentions. Cherchaient-ils les biens de ce monde ou la paix de l’au-delà ? Ils restaient des êtres humains, avec leurs faiblesses et leurs tentations. Ils avaient besoins de rappels, d’éducation spirituelle et de patience, comme c’est le cas de chaque conscience à proximité du Prophète Muhammad (PSL) ou tout au long de l’histoire des Hommes. Cette dernière nous apprend, somme toute, à ne rien idéaliser : rien ni personne.

Lorsqu’ils arrivèrent à Médine, le Prophète Muhammad (PSL) reçut la nouvelle du décès de sa fille Ruqayya, la femme de ‘Uthmân ibn ‘Affân. Il venait de perdre ses premiers compagnons, et voilà que sa fille s’en était allée alors qu’il revenait d’une expédition victorieuse. Le mariage du contentement et de l’affliction lui rappelait la fragilité de la vie et, toujours, sa relation essentielle à l’Unique dans l’épreuve comme dans le succès. Rien n’était définitivement acquis. Plus tard, ‘Uthmân allait épouser Um Kulthûm, une autre fille du Prophète Muhammad (PSL). Ce dernier allait s’unir à Hafsa, la fille de ‘Umar ibn al-Khatab, qui vint s’installer dans l’une de ses habitations aux alentours de la mosquée.

Les tractations avec les familles des captifs commencèrent. Certaines familles venues payer leur dû et s’en étaient retournées avec leur parent. Certains prisonniers furent libérés sans rançon, alors que les plus pauvres étaient soumis à des accords particuliers. Les captifs qui savaient lire et écrire et étaient incapables de payer le prix de la rançon devaient s’engager à apprendre à lire et à écrire à dix jeunes médinois s’ils voulaient obtenir leur libération. Encore une fois de plus, le Prophète Muhammad (PSL) montrait l’importance du savoir et envoyait un message aux membres de sa communauté. En temps de paix comme en temps de guerre, la savoir, la connaissance, lire et écrire, sont des facultés et des outils qui font la dignité de l’Homme. Le savoir de certains captifs était leur richesse, il devint leur rançon.

Yathrib 786
Le 08 avril 2018            
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