07 janvier 2018

"‘ahd de Médine" ou la "constitution de Médine"



Les premières paroles du Prophète (PSL), dès son arrivée à Qubâ’, informaient les musulmans de leurs responsabilités fondamentales.

« Répandez la paix (salâm), donnez à manger à ceux qui ont faim, honorez les liens de parenté, priez alors que les gens dorment, vous entrerez au paradis en toute paix. » Ibn Hishâm, op. cit. vol. 3, P.20

Cette double référence à la paix, au début puis à la fin de son message, détermine l’état d’esprit avec lequel le Prophète Muhammad (PSL) voulait que les compagnons comprennent cette nouvelle ère qui s’ouvre à Médine

Le souci des pauvres et des liens de parenté apparaît comme un appel des fondements éthiques  que chaque musulman doit s’engager à respecter en permanence. La prière de la nuit «quand les gens dorment» est forte de cette double dimension. Elle permet l’exil spirituel et offre au cœur la force et l’apaisement dans la foi. Cette quête spirituelle est la clé de voûte pour répandre la paix parmi les hommes et de servir les pauvres.

Ces enseignements accompagnaient l’installation du Prophète (PSL) à Médine. Il n’avait de cesse de les répéter. Il arrivait à Médine avec un pouvoir spirituel et politique qu’aucun chef de tribu ne pouvait ignorer. De nombreux habitants de Yathrib s’étaient convertis à l’Islam. Ils le reconnaissaient comme l’Envoyé de Dieu (PSL), alors qu’ils étaient issus des deux clans (des Aws et Khazrajs en guerre perpétuelle depuis des lustres). Le message de l’Islam avait cette force, comme ce fut la cas à la Mecque, celle de transformer les anciens clivages et d’unir les femmes et les hommes de différents clans, de différentes conditions et de différentes origines.

Cette nouvelle présence inquiétait ceux qui détenaient le pouvoir. De même que les tribus juives et chrétiennes installées dans la région depuis longtemps demeuraient dans l’expectative. Ils étaient partageaient entre la reconnaissance de la similarité des messages monothéistes et leurs questionnements quant aux intentions du nouveau Prophète (qu’elles ne reconnaissent pas en tant que tel). Les dignitaires s’étaient déjà exprimés en ce sens avant l’arrivée du Prophète (PSL).

Le Prophète Muhammad (PSL) était bien conscient de la complexité de la situation et de l’ampleur des enjeux religieux, sociaux et politiques.
Il établit immédiatement un pacte d’assistance mutuelle, qu’ils soient Ansâr ou Muhâjirûn, et les juifs qui habitaient dans l’oasis. Cet évènement intervient en l’an 1 de l’Hégire.

Le but était de créer entre tous les habitants, un sentiment de fraternité et de solidarité. Le Prophète Muhammad (PSL) va établir et proclamer un texte déterminant connu sous le non de sahifa ou «‘ahd de Médine» qui constitue déjà l’ébauche d’une véritable constitution.


« Au nom de Dieu, celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux
Ceci est un écrit de la part de Muhammad le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – entre les croyants et les musulmans de Koreïch et de Yathrib, ainsi qu’avec ceux qui les ont suivis, puis se sont joints à eux et ont combattu avec eux. Ils formeront une umma unique, en dehors du reste des hommes.
Les Mouhadjiroûn de Koreich resteront en l’état, et se cotiseront entre eux et paieront la rançon de leurs prisonniers, conformément à la coutume et à la justice parmi les croyants.
Les croyants craignant Dieu s’uniront contre celui d’entre eux qui aura commis une violence ou tenté de commettre une injustice, un crime, une agression, ou de semer le trouble parmi les croyants ; et leurs mains se lèveront contre lui, fût-il même le fils de l’un d’eux. Nul croyant ne tuera un autre croyant, à cause d’un mécréant ni ne soutiendra un mécréant contre un croyant.
La dhimma d’Allah [à savoir la « protection accordée à l’infidèle au nom de Dieu] est indivisible ; la dhimma octroyée par le plus humble d’entre [les croyants] sera obligatoire [à l’égard des autres croyants].
Les croyants sont solidaires les uns des autres, en dehors des autres hommes.
La paix parmi les croyants est indivisible ; nul croyant ne conclura de paix, au cours d’un combat mené pour la cause d’Allah, sans le concours des autres croyants, sur la base de l’égalité et de la justice entre eux.
Et quelle que soit la cause d’un différend [qui se produirait entre eux], la solution n’en pourra venir que d’Allah et de Muhammad. » Ibn Hishâm


Apparaissent clairement formulée dans ce texte (qui remonte au VIIe s après J.C.) des conceptions promises à un grand destin ; celles notamment de justice et d’égalité. Y apparaissent aussi des conceptions propres à l’Islam et qui, elles aussi, font partie de sa philosophie politique autant que de son humanisme. La très importante notion de dhimma, impliquant un engagement de conscience, jouera un rôle décisif dans le traitement réservé par la suite aux Gens du Livre. Autre notion importante contenue dans ce terme est le droit de tout combattant musulman d’accorder à tout soldant ennemi une garantie de sécurité opposable à tous les autres musulmans.

Parmi les bénéficiaires des droits édictés par la «Constitution de Médine» figurent les juifs qui, pourtant, n’ont pas embrassé l’Islam ni n’ont manifesté l’intention de le faire :


« Celui qui, parmi les juifs, se ralliera à nous, recevra notre aide et nos mains sans qu’il soit opprimé ni que quiconque [s’il est opprimé] puisse prendre le parti de l’oppresseur. »


Les juifs sont inclus dans la Umma :


« Les juifs formeront avec les croyants une umma ; aux juifs leur religion et aux musulmans la leur […] hormis celui qui aura opprimé, ou commis un crime, auquel cas ne mériteront d’être punis que lui-même et les gens de sa maison. »


La «constitution de Médine» proposait clairement une alliance pure et simple entre les trois groupes que constituaient les Ansâr, les Mujadjirûn et les juifs. Une alliance bâtie sur le modèle des conventions guerrières que les tribus arabes concluaient entre elles.

Le Prophète Muhammad (PSL) a-t-il formé le rêve d’une Cité idéale qui serait gouvernée par l’Esprit, et d’une nation commune où les religions issues d’Abraham auraient pu dialoguer en elles sous l’égide de l’Islam ? 

Les juifs et les musulmans signèrent ce document qui établissait d’emblée une relation fondée sur la base d’un « contrat » : cette attitude déterminée à la lumière de la Révélation, accompagnera la vie et les enseignements du Prophète Muhammad (PSL).

Le «contrat» fixe un cadre, impose l’autonomie et la reconnaissance des parties en présence, et permet enfin de déterminer a postériori des outils de régulation et des moyens d’évaluation. La Révélation fera référence aux contrats de mariage, commerciaux et sociaux. Elle rappellera leur importance et la nécessaire fidélité à leurs conditions :


« Certes vous serez questionnés sur les contrats… » Sourate 17 verset 34
« Les musulmans sont tenus par les termes des contrats qu’ils ont signés. » hadith rapporté par al-Bukârî


Yathrib 786
Le 07 janvier 2018
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