17 décembre 2017

« Une époque, un lieu et un destin… » Le Père Henri LAMMENS



Mëme le Père Lammens qui n’aimait ni l’Islam ni Le Prophète Muhammad (PSL) relevait :



« L’hégire coïncida avec une de ces périodes de réaction, d’abattement moral, où la Péninsule travaillée, excédée par les discordes, paraissait attendre un maître. » Henri LEMMENS, le Berceau de l’Islam, Rome, 1914



Le Prophète Muhammad (PSL) n’était ni fataliste ni inconscient. Sa confiance en Dieu était totale. Il ne se laissât jamais mener au gré des évènements et des difficultés.

La Révélation lui avait rappelé de ne jamais oublier de dire «In shâ Allah» quand il s’agissait d’agir. Humilité et confiance étaient les piliers qui guidaient le Prophète Muhammad (PSL) en de pareilles circonstances.



Le Prophète Muhammad (PSL) avait planifié l’émigration vers Médine (l’Hégire) depuis près de deux ans et rien n’avait été laissé au hasard. Ce n’est qu’au terme de l’usage intelligent et rigoureux de ses pouvoirs humains qu’il s’en remit à la volonté du Divin enseignant ainsi pour nous tous le sens du (at-tawakkul ‘alâ Allah : la confiance en Dieu ou s’en remettre à Dieu). Cette attitude revient ainsi pour le Prophète Muhammad (PSL) à assumer toutes les qualités intellectuelles, spirituelles, psychologiques, sentimentales, etc. Dans cette perspective, chacun devait se munir de ses qualités pour ainsi se souvenir humblement (le Rappel) qu’au-delà de ce qui est humainement possible, Lui seul (Allah) est le garant des possibles.



 Dieu n’agira qu’au-delà et après que l’être humain aura, à son niveau, cherché et épuisé toutes les potentialités de l’agir. C’est le sens profond du verset :



« Certes Dieu ne change pas ce qui est en un peuple, avant que ceux-ci ne changent ce qui est en eux-mêmes. » Sourate 13, verset 1



Le Prophète Muhammad (PSL) et Abû Bakr décidèrent donc de quitter La Mecque pendant la nuit et de prendre la direction du Yémen, pour ne pas attirer l’attention ni être rattrapés sur la route.

Abû Bakr offrit au Prophète Muhammad (PSL) le meilleur des deux chameaux (Qaswâ’) qu’avait amenés un bédouin fraîchement converti à l’Islam. Sur ordre du çiddîq (Abû Bakr).



« Je ne monterai pas un chameau qui ne m’appartient pas. » Dit le Prophète Muhammad (PSL)

« Mais il  est à toi, O Envoyé d’Allah ! répondit Abû Bakr

« Non, mais dit moi le prix auquel tu l’as payé. » dit le Prophète (PSL) Ibn Hishâm



Il remit la somme indiquée à Abû Bakr. En fait, le Prophète Muhammad (PSL), ayant été le seul responsable de l’Hégire, voulait sans doute que cette solitude dans la décision lui appartient jusqu’au bout. C’est lui désormais à qui il revient de tout assumer, dans une grandeur qui n’est pas sans rappeler celle de Moïse dans le Poème d’Alfred de Vigny : la rupture avec tous les liens antécédents ne peut être, symboliquement, que la seule décision de l’homme de Dieu et elle ne saurait être partagée avec personne, même avec le plus fidèle des compagnons.



L’Hégire est donc l’occasion solennelle pour le Prophète Muhammad (PSL) d’indiquer que le franchissement du seuil de l’Histoire et de la transhistoire est son œuvre. La chamelle qu’il acheta ce jour-là Abû Bakr s’appelait Qaswâ et elle restera, avec son cheval, l’autre monture favorite du Prophète Muhammad (PSL).



Ils partirent donc vers le sud et allèrent se cacher quelques jours dans la caverne de Thawr (gbâr Thawr). Le fils d’Abû Bakr, ‘Abd Allah, était chargé de glaner des informations sur les plans des Quraysh et de venir les  transmettre à son père et au Prophète Muhammad (PSL).



Quant à ses deux filles, Asmâ’ et ‘Aïsha, elles préparaient les vivres et les amenaient discrètement à la caverne pendant la nuit. Ainsi Abû Bakr avait-il mobilisé ses enfants pour protéger sa fuite et celle du Prophète Muhammad (PSL). Il agit ainsi dans une situation qui exposait ses filles à de grands dangers, et il est bon de rappeler ici que cette attitude sera une constante dans sa façon de traiter équitablement ses filles et ses garçons, ceci à la lumière des enseignements du Prophète (PSL).



Malgré toutes ces dispositions, un groupe de Quraysh, flairant la ruse, se rendit dans le sud à la recherche du Prophète Muhammad (PSL). Ils parvinrent devant la grotte et s’apprêtèrent à y rentrer. De là où il se trouvait, Abû Bakr les voyait et, alarmé, il fit remarquer au Prophète (PSL) que, si ceux-ci se penchaient, ils ne manqueraient pas de les découvrir. Le Prophète Muhammad (PSL) le rassura et lui murmura :



« N’aie pas peur, Dieu est certes avec nous. »

Pui il ajouta : « Que penses-tu de deux (individus) dont le troisième est Dieu ? » Ibn Hishâm



Ces mots apaisèrent Abû Bakr. Devant la caverne, le groupe observa qu’une toile d’araignée couvrait l’entrée et qu’une colombe y avait installé son nid : ils paraissaient clair qu’il est impossible que les fugitifs soient cachés à l’intérieur, et ils décidèrent donc de poursuivre ailleurs leur recherche.



Une fois encore, malgré une stratégie bien pensée et réfléchie de longue date, voilà que le Prophète Muhammad (PSL) et Abû Bakr  revivaient l’épreuve de la vulnérabilité. Leur vie n’avait au fond tenu qu’à la présence de cette fragile toile d’araignée. Voilà le sens du ‘at-tawakkul ‘alâ Allah que le Prophète Muhammad (PSL) rappela à Abû Bakr à cet instant précis, prenait tout son sens et toute sa force.



L’Hégire, c’est d’abord cet enseignement essentiel au cœur de l’expérience prophétique : une expérience, une confiance en Dieu qui exige, sans arrogance, une absolue indépendance vis-à-vis des hommes et la reconnaissance, avec humilité, d’une infinie dépendance vis-à-vis de Dieu.



A suivre



Yathrib 786

17 décembre 2017
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