02 novembre 2017

A Tâ’if



Au mois de Chawwâl de l’an 10 de la prophétie (fin mai ou début juin 619 G., le Prophète Muhammad (PSL), en compagnie Zayd ibn Hârithah, l’affranchi devenu son fils adoptif,  et marchant à pieds, se rendit à Tâif, localité située à environ 111 km de la Mecque.
Il s’adressa aux dignitaires de la Tribu de Ta’îf afin qu’ils entendent le message de l’islam et qu’ils acceptent de protéger les musulmans contre leurs ennemis.
Il choisit trois frères parmi les chefs de la tribu des Tâ’ifiens à savoir Abd Yâlil, Masaoud et Habib les trois enfants de Amr ibn Omair Ath-Thakafi. Il s’installa parmi eux, les appela à Allah.
Le premier dit qu’il allait déchirer le voile de la Kaaba si Allah l’avait envoyé.
Le deuxième dit: «Allah n’a-t-il pas trouvé un autre messager que toi ?».
Le troisième dit: «Par Allah, je ne te parlerai jamais. Si tu étais un Messager tu n’aurais pas besoin que je te réponde par la parole. Si tu mentais contre Allah, il ne conviendrait pas que je te parle».

Sur ces mots, le Messager d’Allah (PSL) se leva et leur dit:

«Puisque vous refusez, taisez-vous à mon sujet».


Le Prophète Muhammad (PSL) séjourna pendant dix jours parmi les gens de Tâ’if. Au cours d’une telle période, son appel n’épargna aucun des notables de la localité.
Il fut reçu très froidement. Les chefs se moquèrent de sa prétention à être un Prophète (PSL). Si tel est le cas, comment Dieu pouvait-il ainsi laisser son Envoyé obligé de quémander un soutien auprès de tribus étrangères ?
:
«Sors de notre pays!». Lui répondirent-ils !

Non seulement, ils n’entrèrent point en matière, mais ils mobilisèrent contre lui la population. Alors qu’il s’en retournait, des insultes saluaient son passage et des enfants lui jetaient des pierres. Ils étaient de plus en plus nombreux à se ressembler  sur son passage et à l’accompagner de leurs railleries.
Ils lui jetèrent des pierres aux tendons au point que ses chaussures fussent teintées de sang. Zayd ibn Hârithha s’offrait en bouclier pour le protéger mais fut blessé à la tête. Les sots et les stupides ne cessèrent de le suivre et de l’acculer au point de le contraindre à aller vers un jardin appartenant à Otba et à Chayba les deux enfants de Rabîa à 5,5 km de Tâif.
Après que le Messager d’Allah (PSL) se fût réfugié dans ce jardin, les gens s’en retournèrent. Alors, il alla jusqu’à un cep de vigne et s’asseyait à son ombre, adossé à un mur. 
C’est là qu’il fit, après avoir retrouvé son calme, sa célèbre invocation qui dénotait que son cœur était rempli de tristesse pour la violence déjà subie et aussi de regret que personne ne crût au message. Il dit : 


«Ô MON Dieu ? À Toi je me plains de ma faiblesse, de mon impuissance et de ma misérable condition devant les hommes. Ô le plus Miséricordieux des Miséricordieux, Tu es le Seigneur des faibles et tu es mon Seigneur (Rabb-Educateur). Entre les mains de qui veux-tu donc me livrer ? A quel étranger lointain qui me maltraitera ? Ou à un ennemi à qui T’auras donné le pouvoir contre moi ? Je ne fais aucun souci si tant est que Tu ne sois pas courroucé contre moi. Ton gracieux soutien m’ouvrirait néanmoins un chemin plus vaste et un horizon plus large ! Je prends refuge dans la Lumière de Ta face par laquelle toutes les ténèbres sont illuminées et les choses de ce monde et de l’autre sont justement ordonnées, afin que Tu ne fasses pas descendre sur moi Ta colère et Ton courroux ne m’atteigne pas. Pourtant, Il T’appartient de blâmer tant que tu n’es pas satisfait. Il n’y a de puissance ni de force qu’en toi. » Ibn Hishâm, op. cit., vol. 2, p.268


 C’est vers l’Unique, son Protecteur et son confident, qu’il se tourna au moment où toutes les voies semblaient sans issue : ses questions n’exprimaient point des doutes quant à sa mission, mais traduisaient clairement son impuissance d’être humain ajoutée à son ignorance des desseins divins. A cet instant précis, loin des hommes, dans la solitude de sa foi et de sa confiance en l’infiniment Bon, il s’en remit littéralement et totalement à Dieu. En cela, cette prière révèle toute la confiance et la sérénité que le Prophète Muhammad (PSL) puise de sa relation au Très Haut.

Cette invocation, devenue célèbre, dit l’impuissance de l’homme et l’extraordinaire force spirituelle de l’Envoyé. Apparemment seul et sans alliés, il sait qu’il n’est point seul.

Les deux propriétaires du verger  Otba et Chayba, avaient de loin, vu entrer le Prophète Muhammad (PSL) et l’avait observé s’isoler et lever les mains pour invoquer Dieu. Ils envoyèrent leur esclave ‘Addâs, un jeune homme chrétien, lui porter une grappe de raisin.
Lorsque celui-ci lui tendit la grappe de raisin, il entendit le Prophète (PSL) prononcer la formule :


«Bismillah !» (« Au nom de Dieu », « je commence par Dieu »)


Il en fut surpris et s’enquit de l’identité de cet homme qui prononçait des formules que lui, chrétien, n’avait jamais entendues dans la bouche des polythéistes.
Le Prophète Muhammad (PSL) lui demanda d’où il venait. ‘Addâs lui répondit qu’il était originaire de Ninive. Le Prophète (PSL) ajouta :


«Le pays de Jonas (Younouss) le juste, fils de Mattâ’)»


Le jeune s’étonna et se demanda comment cet homme avait pu avoir connaissance de cela.
Après l’avoir informé du fait qu’il était chrétien, ‘Addâs questionna à son tour le Prophète Muhammad (PSL) sur son identité.


«Jonas est mon frère. Il était Prophète et je suis Prophète.» Ibn Hishâm, op. cit., vol. 2, p.269


Cela dit Addâs se pencha, baisa les mains et les pieds du Prophète (PSL).
Les deux enfants de Rabîa se dirent alors l’un à l’autre:


«Voilà, il a corrompu ton gosse».


Au retour de Addâs ils lui dirent:


«Malheur à toi! qu’est-ce que c’est, ce que tu viens de faire? ».


Le garçon répondit:


«Maître! il n’existe pas sur terre meilleur que cet homme. Il m’a informé d’une chose que seul un prophète peut savoir».


Ils lui dirent:


«Malheur à toi! Qu’il ne te détourne pas de ta religion car ta religion est meilleure que la sienne».


Le Roi d’Abyssinie avait tout de suite reconnu la filiation des deux messages. C’était maintenant un jeune esclave, lui aussi chrétien, qui partageait la même intuition.
Deux fois déjà, dans la peine et la solitude, s’étaient trouvés dans la route du Prophète (PSL) des chrétiens qui lui avaient accordé la confiance, le respect et le refuge.

Le Prophète Muhammad (PSL) prit la route du retour à la Mecque  après avoir quitté le jardin, triste et le cœur brisé. A l’entrée de la ville, Allah lui envoya l’ange Jibril, accompagné de l’ange des montagnes. Celui-ci lui proposa de renverser les deux montagnes sur les Mecquois. 
Al-Boukhâri a déjà rapporté cette histoire en détail, la tenant de Orwa ibn Az-Zoubair.

Il rencontra un cavalier à qui il demanda de s’enquérir auprès d’un dignitaire mecquois de sa parenté s’il acceptait de lui assurer sa protection. Le cavalier s’exécuta, mais le dignitaire refusa comme ce fut le cas d’un second chef sollicité.
Le Prophète Muhammad (PSL) ne désirait pas rentrer à la Mecque dans ces conditions. Il alla donc se réfugier dans la caverne de Hirâ’, où il avait reçu la première révélation. C’est finalement, la troisième personne sollicitée, Mut’im, le chef des clans de Nawfal, qui accepta d’assurer sa protection, et il le fit savoir en accueillant publiquement le Prophète Muhammad (PSL) dans l’enceinte de la Ka’ba.


Il se produisit ensuite un autre évènement lors du séjour du Prophète Muhammad (PSL) dans la vallée de la Mecque (As-Sayl AI­Kabir et Az-Zayma).
Allah lui envoya un groupe de djinns. Ceux-ci, le Très Haut en a fait mention dans deux endroits du Coran: 


« (Rappelle-toi) lorsque Nous dirigeâmes vers toi une troupe de djinns pour qu’ils écoutent le Coran. Quand ils assistèrent [à sa lecture] ils dirent: «Écoutez attentivement»... Puis, quand ce fut terminé, ils retournèrent à leur peuple en avertisseurs
Ils dirent: «Ô notre peuple! Nous venons d’entendre un Livre qui a été descendu après Moïse, confirmant ce qui l’a précédé. Il guide vers la vérité et vers un chemin droit.
Ô notre peuple! Répondez au prédicateur d’Allah et croyez en lui. Il [Allah] vous pardonnera une partie de vos péchés et vous protègera contre un châtiment douloureux. » (Sourate 46  AL-Ahqâf, verset 29-31)
 « Dis: «Il m’a été révélé qu’un groupe de djinns prêtèrent l’oreille, puis dirent: «Nous avons certes entendu une Lecture [le Coran] merveilleuse, qui guide vers la droiture. Nous y avons cru, et nous n’associerons jamais personne à notre Seigneur. (Sourate 72 les Djinns, verset 1-2)


Il ressort du contenu de ces versets et de celui des rapports faits au sujet du commentaire de cet événement que le Messager d’Allah (PSL) ne savait pas que ce groupe de djinns était venu l’écouter. Cela, il ne le sut que lors qu’Allah le lui fit savoir en lui révélant de tels versets. On en déduit également que c’était la première fois que les djinns assistaient à la lecture du Coran.


« Et quiconque ne répond pas au prédicateur d’Allah ne saura échapper au pouvoir [d’Allah] sur terre. Et il n’aura pas de protecteurs en dehors de Lui. Ceux-là sont dans un égarement évident. (Sourate 46  AL-Ahqâf, verset 32)



« Nous pensions bien que nous ne saurions jamais réduire Allah à l’impuissance sur la terre et que nous ne saurions jamais le réduire à l’impuissance en nous enfuyant. » (Sourate 72 les Djinns, verset 12)

Ce secours et ces annonces dissipèrent les nuages de tristesse, d’affliction et de désespoir qui suivaient le Messager d’Allah depuis qu’il avait quitté Tâif, chassé et stupéfait. En conséquence de cela, celui-ci était résolu à rentrer à la Mecque, à reprendre son premier plan d’exposition de l’Islam, de communication du message éternel d’Allah, avec un zèle tout nouveau. 

Yathrib 786
02 novembre 2017
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