24 septembre 2017

La notion de Jihad dans la pure tradition prophétique




Au cours de mes réflexions sur la vie du prophète, je souhaite revenir sur la notion complexe de Jihad. De plus, le thème est bien trop actuel pour le passer sous silence.
Un journaliste Français célèbre dans la confusion des genres disait récemment « qu’il n’ existait pas deux islams et donc que les terroristes s’appuient sur des références coraniques solides. » (Eric Zemmour).

Ces versets existent bien comme le rappellent Yassine Derradj et Yannis Boustani qui ont inspiré ce travail de recherche ; ils sont appelés les « versets du sabr ». Néanmoins, Il est dangereux voire réducteur de sortir les versets de leur contexte. Une lecture littérale conduirait à une interprétation sélective à l'image de certaines analyses biaisées.

Le Coran est tout à la fois. Un livre d’histoire, de Rappel, une direction, une quête, une morale, un humanisme, la Paix… Pourtant, le jihad guerrier a bel et bien existé au temps du prophète, et le sabre a été utilisé au nom d’Allah.

De là, deux problématiques se soulèvent :

- De quelle manière, dans quel contexte, et pour quels motifs ce prophète envoyé comme « Miséricorde pour les mondes » a-t-il mené la lutte armée ? 

- Le jihadisme d’aujourd’hui est-il conforme  à la tradition prophétique ?

Nous allons y répondre simplement, puisque le Prophète Muhammad (PSL) était très clair sur le sujet. 

 

Le Prophète, un homme juste 

1. Le jihad : un effort pour une vie juste et morale

    On répertorie 80 définitions, ou traductions du mot "jihad". 

62 d’entre elles renvoient aux notions "d’effort, de combat contre soi-même, contre ses vices et ses pulsions", afin d’améliorer son comportement au quotidien pour finalement acquérir des qualités humaines. 

Le prophète Muhammad (PSL) rappelait ainsi :
« Ceux qui ont la foi la plus parfaite, sont ceux qui ont les meilleurs caractères. Et les meilleurs d'entre vous sont ceux qui sont bons envers leurs épouses »
Rapporté par At-Tirmidhî (Hadîth Hasan Sahîh)
Le Prophète (PSL) assimile le jihad ici à un combat pour "le meilleur caractère". Rien de violent donc, mais quelque chose qui se rapproche de la morale. Cela s'intègre dans l'idée largement reconnue depuis Aristote qu' « un des traits saillants de la morale semble être que ses prescriptions s'imposent à nous indépendamment de nos désirs, de façon inconditionnelle » (Samuel Dishaw)
Plus encore, dans le mot « Jihad » il y a également une notion de résistance contre les dimensions sombres de son être (Jihad an-nafs)

Le Prophète rappelle donc que "ce que je dois faire" (être un homme bon, croyant, aimant) peut parfois s'opposer à "ce que je veux faire". Or, le jihad, c'est se rappeler la primauté de ce premier impératif, nous prescrivant ainsi de mettre à l'écart nos désirs et intérêts individuels lorsqu'ils entrent en conflit avec nos devoirs.  

2. le jihad, les règles d'un guerrier défensif. 

Le prophète Muhammad (PSL) est dépeint tantôt sanguinaire – l’argument du meurtre de tribus juives est souvent ressorti pour expliquer un présumé antisémitisme intrinsèque à l’Islam – tantôt homme de paix, concorde et de justice. 
Une fois ce constat posé, rappelons que le texte sacré n’a été bâti que sous forme de révélations successives à partir de Layla al Qadr – à la fin de la 39ème année du prophète – et que certaines sont envoyées par Allah (Sub annahou wa talla) dans des instants précis de la mission prophétique. 
Or, le Prophète Muhammad (PSL) était un homme comme tout le monde faut-il souvent le rappeler. Les épisodes guerriers ne représentent en aucun cas l’essence de la mission prophétique.  

Enfin, le message coranique lui-même a évolué au gré des révélations et du contexte. 
Persécuté dans sa ville d’origine, La Mecque, le Prophète Muhammad (PSL) se voit un jour dans l’obligation d’effectuer sa Hîjra (émigration) vers Médine pour continuer sa mission et ainsi obéir aux ordres divins. 
Il organise la vie à Médine (Yathrib) ; il y met en place une constitution multi-confessionnelle où les communautés vivent ensemble au quotidien dans la tolérance et la Paix. Il accueille la Mission de Najran au sein de l’enceinte de la mosquée de Médine où les prêtes prient et dorment malgré les protestations de quelques musulmans très vite remis à l’ordre par le Prophète (PSL) lui-même. 
Or, ce n’est qu’après les attaques des Quraysh, tribu régnante de la Mecque, que le Prophète (PSL) se mue en chef de guerre. 
Par ailleurs, lorsque les musulmans reprennent la Mecque, malgré leur supériorité, aucune goutte de sang ne sera versée. Le Prophète Muhammad (PSL) refuse d’obéir à la pulsion de revanche contre ceux qui ont tant méprisé le message divin et sa nouvelle communauté élue.


   La création du « Jihad défensif »


1. le contexte de création du jihad

Le prophète de l’Islam (PSL)  s’est vu être confronté à des résistances de la part de son peuple et plus précisément des chefs de la Mecque. En effet, l’envoyé d’un Dieu unique gênait profondément les chefs commerçants de la ville Sainte car leur commerce était principalement basé sur la vente des idoles et les bénéfices du pèlerinage païen. Les premiers musulmans ont donc souffert d’agressions physiques, d’humiliation et de tentatives de meurtres et d’homicides. Certains, à l’image du premier martyr de l’Islam, Soumaya, se sont fait tuer pour leur foi. Le récit du compagnon du prophète, Bilal al Habachi nous vient également en tête. Cet esclave noir abyssinien fut torturé par ses maîtres polythéistes pour avoir abandonné la religion des idoles et embrassé la religion de l’unicité.

C’est dans ce contexte d’oppression qu’a eu lieu la célèbre Bataille de Badr, première bataille de l’Islam et événement historique fondateur. C’est en l’an 2 de l’hégire que Dieu commande au Prophète (PSL) et à ses compagnons de prendre les armes après que les mecquois aient confisqué tous leurs biens,
« Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) – parce que vraiment ils sont lésés ; et Allah est certes Capable de les secourir -ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, – contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient : « Allah est notre Seigneur ». – Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant, ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salât, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l’issue finale de toute chose appartient à Allah. » 
Sourate 22, Le pèlerinage, 39-41
Ce verset marque un précédent historique et laisse le champ libre au Jihad arméL’Islam autorise donc la guerre mais sous certaines formes et règles qu’il convient d’énumérer.



2. Les règles de la guerre sainte

Très souvent le Jihad a été proclamé à travers les siècles. L’exigence des règles établies par le Prophète (PSL) était si stricte, qu’elles ont rarement été respectées, ou parfois volontairement omises.

Le défunt Ramadan al Bouti, éminent savant écrit dans son ouvrage Le Jihad en Islam : comment le comprendre et comment le pratiquer ? que trois des quatre écoles juridiques sunnites proclament que le jihad est avant tout une résistance contre l’oppression et non pas comme on pourrait le penser une guerre contre la dénégation. Ibn Al Qayyim et At-tabari, deux références du sunnisme, écrivent que toutes les batailles du Prophète Muhhamd (PSL) étaient des batailles défensives, sans exception. L’avis majoritaire de l’Islam sunnite est donc que le Jihad armé est principalement défensif.

Le jihad belliqueux ne peut être enclenché que dans deux cas. Lorsque les musulmans sont attaqués dans leur honneur, leurs nations, leurs personnes, leurs biens et leurs familles, ou lorsque la prédication est empêchée et persécutée. C’est en ce sens que l’Emir Abdel Kader face à l’invasion française ou encore Abdelkrim al Khatabi avaient lancé des appels au Jihad contre les puissances coloniales.

La guerre est donc une exception mais s’avère parfois inévitable. Le Prophète Muhammad (PSL) de l’Islam a néanmoins donné des directives de son vivant et a lui-même mené la guerre d’une façon éthique. 

« Lorsque l’Envoyé de Dieu désignait un émir à la tête d’un corps d’armée ou d’un corps expéditionnaire, il l’exhortait de se prémunir de Dieu et de faire le biens aux musulmans qu’il emmenait. Puis il disait : « Combattez, mais ne prélevez pas une part du butin, ne violez pas un pacte, ne mutilez pas les corps des ennemis, ne tuez pas les enfants. » » Il est également rapporté que le Prophète a dit : « Allez au nom de Dieu, par Dieu, et selon la religion de l’Envoyé de Dieu ! Ne tuez ni les vieillards ni les enfants ni les femmes. Ne prélevez pas une part du butin, mais rassemblez-le, Améliorez, agissez avec bonté : Dieu aime ceux qui agissent avec bonté. »
Les compagnons du Prophète (PSL), après sa mort, ont repris la tête du tout jeune état islamique – notamment les 4 califes bien-guidés – et ont continué les expéditions militaires. L’Imâm Mâlik rapporte dans son livre de référence, le Muwatta, que lorsqu’Abû Bakr As-Siddîq est investi «Calife du prophète d’Allah », il ordonnait à ses généraux envoyés en expédition :
« de ne tuer ni femme, ni enfant, ni vieillard, de ne pas couper un arbre fruitier, ni détruire ce qui est construit, de n’égorger ni mouton ni chameau, sauf s’ils sont à manger ; de ne pas mettre au feu les abeilles et ne pas les disperser ; ne fraude pas et ne sois pas lâche. »
Bien évidemment la paix, ou la signature d’un traité est toujours préférable : 
« S’ils penchent pour la paix, penches-y toi-même, sans cesser de faire confiance à Dieu, qui est l’Entendant, le Connaissant. S’ils voulaient te duper, qu’il te suffise de Dieu et de qui te suit parmi les croyants. » (S. 8, V. 61-62)

 Le jihadisme ou la trahison de la trahison prophétique

1. Le jihad à la lumière des derniers événements

Toutes les institutions religieuses de référence – avec en tête de liste la célèbre école d’Al Azhar – ont condamné de manière absolue les attentats commis au nom de Dieu. L’Algérie, le Maroc, et même l’État saoudien considéré comme le plus rigoriste, y compris l’égyptien Al Qaradawii réfugié au Qatar, ont également condamné les attentats.


Loin de nous de s’attribuer le droit de retirer à certains croyants leur qualificatif de musulman, cela semble une vérité indéniable que le jihadisme a trahi la conception majoritaire de la Sunna du prophète de l’Islam. 

Les attentats suicides, les attaques contre des victimes innocentes, femmes, enfants, vieillards, et civils, ou encore les massacres des populations chrétiennes d’Irak demeurent des actes interdits par Allah et son prophète comme nous l'avons expliqué précédemment. Les preuves coraniques sont nombreuses ; la plus éloquente est la suivante :
« Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière et celui qui sauve une âme, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité entière. » (S 52, V 32). 


 2. De la guerre sainte à la guerre sale

Le jihadisme ne représente ni l’Islam ni les musulmans : il s’en revendique à des fins politiques et construit un discours visant à rameuter des déracinés en quête d’aventures et d’identités. 
« Devenez des héros à l’aube de l’Apocalypse ; vous mourrez en martyr au jour de la dernière des Fitna et une place vous sera réservé au paradis ! ».
Rappelons-nous le dernier sermon du Prophète (PSL) sur le mont Arafat :
« Le sang, la dignité, l’honneur de l’homme sont sacrés. »


Ci-dessous, les principaux juristes classiques qui ont codifié la doctrine du jihad


Source : LA CONCEPTION DU JIHAD : ENTRE LA DOCTRINE CLASSIQUE ET LES JIHADISTES D'AL-QAÏDA, mémoire de Racha Asso présenté en 2007 à l'Université du Québec

Yathrib786
24 septembre 2017


Enregistrer un commentaire