27 août 2017

Le respect et la dignité vis-à-vis des nécessiteux en évitant les dérives du pouvoir, de l’argent, du luxe et du confort sont des principes le Prophète (PSL) n’avait de cesse de rappeler




Le prophète Muhammad (PSL) affrontait l’humiliation et la moquerie. On lui demandait des miracles et des preuves, et il répondait inlassablement en citant le Coran et en affirmant :



 « Je ne suis qu’un messager ! » Ibn Hishâm ? Op. cit., vol. 2 p. 158



La pression allait grandissant, et des manifestations d’opposition de plus en plus violentes commençaient  à se faire jour. Les chefs de clans s’en prenaient surtout aux musulmans qui n’étaient pas protégés  ou directement aux pauvres. Ainsi, Bilal avait été attaché par son maitre dans le désert en plein soleil. Son maitre lui frappait le ventre avec une pierre en le forçant à renier son Dieu, mais Bilal n’avait de cesse de répéter :



« Il est Unique, Il est Unique… » Ibn Hishâm ? Op. cit., vol. 2 p. 159




 Plus tard, Abu Bakr racheta Bilal (comme il le fit avec tant d’autres esclaves) et lui rendit sa liberté. Celui-ci deviendra plus tard le muezzin (celui qui appelle à la prière de Médine). Il était unanimement respecté pour la sincérité de sa foi, son dévouement et la beauté de sa voix.
Un homme de la tribu des Makhzum du nom de `Amr allait manifester son opposition à l’Islam de la façon la plus cruelle. Son surnom, parmi les siens, était «Abu al-Hakam» (père du sage jugement). Les musulmans à l’épreuve de son adversité mêlant l’aveuglement et la grossièreté, le surnommèrent «Abu Jahl» (père de l’ignorance). Il alla un jour à la rencontre du Prophète (PSL) et l’insulta avec une telle haine que ceux qui l’entendirent. Même s’il n’étaient point musulmans, ils  considérèrent qu’il avait enfreint le code de l’honneur en humiliant ainsi le Prophète Muhammad (PSL).
 Entendant cela, Hamza, l’oncle du Prophète, s’interposa, alla trouver Abu Jahl, et le menaça de représailles si un  tel comportement devait se renouveler. Il annonça dans le même temps son entrée en islam et également qu’il se chargerait désormais personnellement de la protection de son neveu. Abu Jahl cessa donc de s’en prendre à Muhammad, et se tourna vers ses compagnons  les plus vulnérables et pauvres qu’il commença à maltraiter.
Le jeune ‘Ammar, d’origine yéménite, avait très tôt adhéré au message de l’islam, et il s’instruisait avec le Prophète (PSL) dans la demeure d’Al-Arqam. Son père, Yasser, puis sa mère Sumayya, se convertirent peu après et se formèrent assidument à la nouvelle religion. C’est sur eux que se déversa la haine vengeresse d’ Abu-Jahl .  il se mit à les frapper, à les attacher au soleil et à les torturer.
Le prophète (PSL), à cause du jeu des alliances, était impuissant et assistait à ce traitement dégradant sans avoir les moyens de s’interposer. Passant un jour à coté de Yasser et de son épouse qui subissaient les mauvais traitements, le prophète leur lança : 



« Soyez persévérants, Ô famille de Yasser, votre rendez-vous est au paradis. » Ibn Hishâm ? Op. cit., vol. 2 p. 128



Malgré les tortures, qui duraient depuis plusieurs semaines, Sumayya et Yasser refusait de renier leur foi : maltraitée, Sumayya apostropha Abu Jahl et lui dit en face ce qu’elle pensait de lui et de son lâche comportement. Hors de lui, il la poignarda à mort puis, emporté par la même furie, il s’en prit à son mari qu’il frappa jusqu’à la mort. Sumayya et Yasser furent les premiers martyrs de l’islam (shubada) : persécutés, torturés puis tués pour avoir tués pour avoir refusés de renier Dieu, Son Unicité, et la véracité de la dernière des Révélations.

La situation devenait de plus en plus difficile pour les musulmans et notamment, bien sûr, pour les plus vulnérables sur le plan de statut social et de l’appartenance clanique. La protection du prophète était assurée par ses oncles Abu Talib et Hamza, mais celle-ci était loin de s’étendre à la première communauté spirituelle des musulmans. Les insultes, les rejets et les mauvais traitements devenaient la règle. Le Prophète Muhammad (PSL)  cherchait  une solution pour alléger les épreuves et les souffrances endurés  par les premiers musulmans. Il eut l’idée d’approcher Walid, le chef du de Makhzum, dont était issu Abu Jahl, et qui jouissait d’un pouvoir conséquent sur l’ensemble de la société mecquoise. S’il réussissait à le convaincre de la véracité du message ou, au moins, à le faire intervenir pour qu’ils cessent les persécutions, ce serait un acquis de taille pour lui et ses compagnons. Mais alors qu’il discutait et essayait de trouver un appui  auprès de Walid, le Prophète Muhammad (PSL) se fit apostropher par un aveugle, pauvre et âgé, qui s’était déjà converti à l’islam et qui lui demandait de lui réciter du Coran. Le Prophète Muhammad  (PSL) se détourna d’abord calmement puis fut excédé par l’insistance de ce vieil homme qui perturbait ses plans et l’empêchait d’exposer son propos et ses doléances à Walid. Ce dernier, dédaigneux, refusa finalement d’entrer en matière. Une sourate sera révélée à la suite de cet incident et imposera aux musulmans d’en tirer un enseignement pour l’éternité.



« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.  
Il s’est renfrogné et il s’est détourné
parce que l’aveugle est venu à lui.
Qui te dit: peut-être [cherche]-t-il à se purifier?
ou à se rappeler en sorte que le rappel lui profite?
Quant à celui qui se complaît dans sa suffisance (pour sa richesse)
tu vas avec empressement à sa rencontre.
Or, que t’importe qu’il ne se purifie pas».
Et quant à celui qui vient à toi avec empressement
tout en ayant la crainte,
tu ne t’en soucies pas.
N’agis plus ainsi! Vraiment ceci est un rappel -
quiconque veut, donc, s’en rappelle ! » Coran 80 Il s’est renfrogné, 1-12)



Le Prophète (PSL) mu par son désir de protéger sa communauté s’est détourné d’un aveugle. Il se voit rappelé à l’ordre par son Rabb-Educateur qui lui enseigne de ne jamais se détourner d’un être humain, fût-il pauvre, âgé et aveugle, et ce quelles que soient les circonstances difficiles dans lesquelles il peut se trouver.
Recherchant la protection d’un notable, le Prophète Muhammad (PSL) avait négligé un pauvre, apparemment inutile à sa cause, qui lui demandait d’être spirituellement apaisé. Cette méprise, cet écart moral  est relevé dans le Coran. A travers l’exposé de cette histoire, Dieu enseigne à l’homme de ne jamais négliger ou s’éloigner des pauvres et des démunis, de les servir et de les aimer.

Le Prophète Muhammad n’oubliera jamais cet enseignement. A plusieurs reprises, il se tournera vers Dieu pour l’invoquer en ces termes :



« Ô MON Dieu, nous Te demandons de nous offrir la piété, la dignité, la richesse (spirituelle) ainsi que l’amour des pauvres. » Hadith rapporté par Bukhârî et Muslim



Il ajoutera :



« La richesse n’est pas dans la possession des biens ; la richesse tient dans la richesse de l’âme » Hadith rapporté par Bukhârî et Muslim



Le Prophète Muhammad (PSL) pour les musulmans que nous sommes est un modèle par l’excellence de son comportement, mais aussi par les faiblesses de son humanité. Dieu le rappelle dans le Coran pour que la conscience musulmane n’oublie jamais.

Que les pouvoirs, les intérêts économiques, sociaux ou politiques ne nous détournent jamais des êtres humains , de l’attention  et des égards auxquels ils ont droit, du respect qui leur est dû.  Rien ne doit nous pousser à compromettre ce principe de foi au nom d’une soi-disant stratégie politique destinée à sauver ou protéger une communauté d’un quelconque péril.

Le cœur sincère du pauvre sans pouvoir a mille fois plus de valeur aux yeux de Dieu que l’accompagnement intéressé du cœur courtisé du riche. Souvenons-nous du règne du Prophète Noé (Paix sur Lui).

Les musulmans et malgré les injonctions du Prophète (PSL) ont oublié, bafoué et négligé ce principe de respect et de dignité vis-à-vis des nécessiteux.


Très tôt d’ailleurs, Abû Dharr al-Ghifârî, s’exprimera avec force et détermination contre les dérives  de certains musulmans de plus en plus attirés par le pouvoir, le confort et le luxe.
Abu Dharr y percevait le début d’une inversion de l’ordre spirituel, les signes d’une aliénation profonde, et les prémices de catastrophes annoncées.

L’histoire depuis nous a appris combien cette intuition était juste. Les compromissions avec la proximité du pouvoir devenues presque naturelles sont bien liées à la soif de possessions et de gains.

Alors raisonne cet autre avertissement du Prophète (PSL) s’adressant aux musulmans :


«Pour chaque communauté, il est un objet de discorde, de tension et de désordre (fitna) et cet objet, pour ma communauté, est l’argent. » Hadîth rapporté par Muslim



Yathrib 786
27 août 2017
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